5.12.09

Isis et les Toy Dolls ne passent pas leurs vacances ensemble.

Voilà l’affiche : Isis, Keelhaul (photo), Circle, Toy Dolls, Strychnine. Un certain éclectisme. Sauf qu’évidemment, cela se passait dans deux salles différentes et que ce n’était pas le même soir. Deux concerts, quoi, censés signer cette semaine notre grand retour dans les salles sombres et désenfumées de la ville. C’est presque avec enthousiasme que mes compagnons avaient signé ce double ticket dix jours auparavant. Hélas, comme tant de fois par le passé, la réalité de leur âge les a rattrapés au dernier moment et ils me firent faux bon. On ne résiste que difficilement à l’appel de la pantoufle. Un peu dérouté tout d’abord, je décidai rapidement de me rendre seul au BT59, puis le lendemain au 4 Sans, même si le « concert tout seul » n’est pas mon activité favorite vu que je ne sais jamais trop quoi faire, entre deux groupes, de ce corps qui persiste à me suivre partout. Rapidement ma déception à l’endroit des anciens rockers qui me tiennent lieu d’amis est apaisée par les implacables arguments du programme de télévision. Mercredi sur TF1, Nicolas ne pouvait en aucun cas rater le 16e épisode de Grey’s Anatomy promettant un dérapage en règle de Derek. Quant à Germain, lui qui a la TNT, il ne pouvait décemment pas, jeudi soir, manquer la diffusion trop rare d’Un Indien Dans la Ville avec Lhermitte et Timsit.
Ah que j’aurais aimé les jours suivants passer chez eux à l’improviste alors qu’ils regardaient Des Chiffres et des Lettres (un petit carnet à la main pour faire les calculs) et leur dire que la triplette Isis/ Keelhaul/Circle avait assuré rien moins que le concert de l’année. Hélas, ces représentants du hardcore/métal pointu et de bon goût se montrèrent un brin décevants.
J’étais particulièrement intéressé par Keelhaul, dont la musique foutrement technique et compliquée n’oublie jamais de te filer des petits uppercuts dans la figure. Des vétérans à la fois impressionnants et efficaces en diable. Sans problème le meilleur groupe de la soirée que l’orga , ou je ne sais qui, décida de faire jouer en premier. J’ai donc raté la moitié de leur set très court. Difficile de rentrer dedans, du coup, et la première bière avait un petit goût amer devant le merch que mon âge avancé ou mon côté désabusé me firent trouver ridicule, non pas dans son offre (pléthorique), mais dans sa thématique redondante. Putain, ça fait quarante ans que les groupes de métal mettent des têtes de mort sur leurs tee-shirt laids. Mon mauvais esprit est calmé par le poster-artiste de service qui doit être Rica et qui présente des affiches sérigraphiées absolument splendides.
Suit un groupe étrange, Circle, au hard-rock grandiloquent avec un chanteur échappé d’un cabaret moscovite de l’entre-deux guerres. Ils viennent pourtant de Finlande. En fait, c’était drôle les deux premiers morceaux. Le chant exubérant, le groupe qui part sur des parties rapides un peu punk pour revenir sur des riffs lourdingues, c’était assez surprenant. L’esprit Ludwig Von 88 semblait vouloir s’immiscer dans cette soirée très sérieuse. Mais très vite, Circle se fit pénible avec des morceaux interminables, des plans répétés à l’infini pour tester les capacités du public à ne pas aller fumer avant la pause… Après leur très long show (qui écourté aurait laissé à Keelhaul le loisir d’en balancer deux de plus) la bière avait un goût acide.
J’aime bien Isis. Leur album Panopticon est vraiment bon. Métal très lourd et lent, hurlements du fin fond des enfers, un style qui a fait des émules (eux, déjà). Hélas, Isis est paradoxalement meilleur sur la chaine stéréo que sur la scène du BT 59. Pour un groupe censé proposer une certaine puissance de feu que le live ne devrait que décupler, ben ils sont plutôt mous du genou. Pas un morceau qui marque les esprits, mais plutôt une succession de pièces difficiles à distinguer. C’est toujours pareil, comme dit le père de famille en évoquant la musique qu’écoutent ses enfants.
Je lâche l’affaire avant la fin, un peu troublé : mince, mais alors avaient-ils raison de chausser la charentaise ? Qu’est ce qui a bien pu arriver à Derek pour qu’il pète les plombs ? On lui a volé son stéthoscope ? Avais-je besoin de venir jusqu’ici réveiller mes acouphènes ? Arrivé chez moi , la réponse à cette dernière question s’imposa sans effort. Oh oui, j’en avais besoin.

Suite de la soirée le lendemain au 4 sans dont les abords sont sordides mais qui est une salle vraiment cool avec un bar qui court tout le long et même devant la scène ! Bon en fait c’est une boîte, c’est pour ça. Mais ça fait une bonne salle de concert.
Les Toy Dolls, un concert pour les gens de mon âge, mais il y avait aussi quelques jeunots. En tout cas, c’était bien plus décontracté que la veille. Donc définitivement, une affiche Isis / Toy Dolls n’aurait pas été une bonne idée. Vous imaginez le chanteur d’Isis fulminant dans les loges alors que Michael Algar s’amuse avec sa langue de belle-mère et sa sarbacane ? Ecoute mec, est-ce que tu peux pas arrêter deux minutes de souffler dans ton kazoo, il faut que je finisse de lire cette biographie de Nietzsche! Non. C’est impossible.
Oui, oui, The Toy Dolls fait partie de ces groupes et chanteurs dont j’ai dit à une certaine époque qu’ils étaient le meilleur de l’univers. Ca a commencé avec Michel Sardou. Puis Renaud (ça c’est quand je suis devenu gauchiste), puis les Bérus (première poussé d’acné), puis les Toy Dolls. Et par la suite un nombre conséquent de meilleurs groupes du monde : Dead Kennedys, NoMeansNo, Alice Donut, Chokebore, The Jesus Lizard, Tryo. Bon, on s’en fout.
Qu’est-ce qui a changé dans un concert des Toy Dolls ? Primo, le public. Bon, évidemment, la plupart des personnes qui étaient au 4 Sans étaient déjà là quinze ans avant, ça se voyait, je veux dire le poil se faisait rare sur les crânes et ce n’était pas le fait de la tondeuse du coiffeur, mais bien celui de dame nature. Toutefois, j’ai le souvenir que les concerts des Toy Dolls, au tournant des année 80-90, c’était chaud. Peut-être parce que j’étais petit et impressionnable, mais pas seulement je crois. Il me faudrait un vieux punk ou un vieux skin pour débattre de ça. Est-ce que dans les années 80 les concerts n’étaient pas plus tendus, politiquement parlant ? Moi, j’avais toujours l’impression que les Red attendaient les skins à la sortie, ou le contraire. Pourtant, les Toy Dolls, politiquement, c’est pas grand-chose. Mais ils faisaient partie de ces groupes qui servaient de prétexte à des empoignades musclées.

Rien de tel en 2009, tout le monde est là pour rigoler et passer un bon moment.
Strychnine joue en ouverture et c’est la première fois que je les vois et c’est exactement comme ça que je les imaginais. Ils assument assez bien leur rock français des 80’s, c’est agréable à regarder, somme toute, mais bon. Voilà. Pas de quoi se fouetter en l’air.

Ce qui est incroyable, c’est que le temps n’a aucune prise sur les Toy Dolls. Après 30 ans de carrière, Olga semble toujours sortir de l’adolescence. L’élixir de jouvence, le cherchez pas, c’est lui qui l’a. C’est ahurissant. Si on voulait pinailler, on dirait qu’ils jouaient plus vite, peut-être, il y a dix ans, qu’ils avaient moins de morceaux mid-tempo dans le set, mais pfff, en fait, non, ils sont bons en 2009, et Michael Algar est un incroyable guitariste qui a toujours eu la sagesse de s’en tenir à ce qu’il aimait jouer, une ou deux gammes de blues qu’ils décompose à la vitesse de l’éclair, des riffs comme des jingles d’émission télé, le tout avec une précision et une fluidité remarquables.

Cloughy is a Bootboy en ouverture, puis, sans souffler, des brouettes de tubes des Toy Dolls, alors quoi ? « Harry Cross”, “Lambrusco Kid”, “Bless You my Son” (ah ah ah ! yargh !!!!) “Idle Gossip », « Fisticuffs in Frederickstreet » (mon préféré du moment, du moment, oui, car il est clair que je pourrai écouter les Toy Dolls jusqu’à ce que mort s’en suive), « Olga I cannot », « Ashbrooke Launderette » (devinez à qui j’ai pensé à ce moment là ?), « Spiders in the Dressroom », « Queen Alexandra », la « Toccatata » et l’incroyable reprise de « Wipe Out » qui fait gicler l’adrénaline par tous les trous (le batteur de Snuff si tu zieutes bien) … Voilà. Ils quittent la scène et ils vont revenir parce qu’ils n’ont joué ni « Glenda and the Test-tube baby », ni « Dig That Groove (baby) », ni « Yul Brinner was a skinhead » (baby). Et ils reviennent jouer « Oh when the saints » et « Glenda », et ils repartent , mais ils vont revenir parce qu’ils n’ont pas joué « Dig That Groove, baby », ni « Yul Brinner was a skinhead », et quand ils reviennent ils font « She goes to Finos » et l’outro du premier album et quand ils s’en vont, ils n’ont pas joué « Yul Brinner » et chose incroyable, vous en conviendrez, ils n’ont pas joué « Dig that Groove Baby » ! Oh, mais je les entends déjà, ces parisiens ! Ah, Paris, c’est toujours mieux ! C’est plus grand ! C’est plus long ! (mon œil !) Mais nous ils l’ont joué ! Deux fois !

Bon, c’était le pied, soyons francs. Le groupe du lycée qui n’a pas bougé d’un iota, qui tient la route à mort, qui fait sauter tout le monde en l’air, provoquant des bouffées de chaleur chez le service d’ordre de boîte de nuit qui, comme toujours dans un premier temps, veut formellement interdire aux gens de sauter depuis la scène, puis rend les armes au bout de vingt minutes devant l’étendue du problème à gérer.

I’m alive ! Tschuss dudes !

21.10.09

Chronique ??

J'attendais ce concert depuis plusieurs mois : dimanche dernier à la Pena Festayre (nouveau haut-lieu du punk à Paris), il y avait Peter And The Test Tubes Babies. Groupe anglais mythique aux chansons tubesques (Banned From The Pubs; The Jinx; Elvis Is Dead...).
C'est donc avec une joie non dissimulée que j'arrive au concert en retard pour ne pas subir d'autres groupes qui me semblaient complètement inutiles. On a eu le droit à deux morceaux et demi...le demi en image :

C'est punk mais un peu la rage...saleté de punk !

20.10.09

A l'origine (surprisesurprise#6)

Aujourd'hui, en guise de surprise, un film surprenant.

Alors le mois dernier, j'ai raté le film surprise et c'était "Mademoiselle Chambon" avec Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain que j'ai vue depuis, euh, que j'ai vu depuis, et qui est vraiment un film, comment dirais-je? Nase. L'institutrice violoniste et frustrée qui tombe amoureuse du père d'élève maçon au terme d'une scène de séduction où Lindon (de plus en plus intériorisé comme garçon) raconte à des enfants qu'il fabrique des maisons, wha ! C'est beau ! Un homme qui fabrique des maisons ! Non parce que des maisons, c'est pour la vie, tu vois, qu'on habite dedans. Et le maçon, il lui a suffi d'apercevoir la maîtresse pour en tomber raide dingue! Mais de séduction, à aucun moment il n'y eut. Si le postulat c'est que c'est des acteurs connus donc ils sont séduisants, c'est un peu court à mon avis. Bon figurez-vous que le maçon inculte sera bouleversé par un morceau de violon joué par la maîtresse. Figurez-vous que l'institutrice, dont le travail consiste à faire des remplacements dans toute la France (Mais que font les syndicats ?) va faire changer et repeindre les fenêtres d'un appartement qu'elle loue pour six mois. N'en jetons plus, il fait encore beau, allez vous promener, ramasser des chataignes dans les bois, voir des amis.

Ou bien, le 11 novembre, allez voir "A l'origine" de Xavier Giannoli après le défilé. Car même si vous lui trouverez des défauts, bande de snobs (mais pour qui vous vous prenez ?) vous ne l'oublierez pas de si tôt.

Philippe Miller (François Cluzet, toujours excellent) est un arnaqueur itinérant qui parvient à acheter du materiel de chantier à Point P sans le payer par une magouille que je vous laisse découvrir. Il revend ensuite son matériel volé et il change de secteur. Son petit business le conduit dans un village du nord de la France où, à force de beaux mensonges, il se retrouve impliqué dans un projet de travaux publics complètement démesuré.

Le voleur devient mythomane, le mythomane, altruiste, en tout cas il s'en persuade, englué dans la situation délirante qu'il a lui-même créée de toutes pièces.

Si ça s'étire un peu en longueur, si la musique est un peu trop suggestive, le film et ses acteurs impécables est de ceux qu'on n'oublie pas. Gros cynisme de ce patron-voyou à l'envers qui redonne du boulot à tout un village (mais comment il va les payer?) et à qui on a envie de hurler pendant plus d'une heure : allez, tire-toi maintenant ! Non, ne fais pas ça ! Tu vas finir sur un rail de chemin de fer enrobé de goudron et de plumes.

Eprouvant, parfois émouvant, chouette flim, tiré d'une histoire vraie, il parait...

Je mets des notes, comme Mademoiselle Chambon : 13.5 / 20, beau travail, prenez vos agendas.

12.10.09

Shannon Wright : she's back, she's angry.

L'album précédent-"Let in the light"-était celui de l'apaisement, le piano y tenait grande place et la furie des débuts semblait retomber, bon signe pour la jeune-femme peut-être mais changement de cap tout de même pour un auditeur qui placerait "Over the Sun" (l'album noir) là où son nom le suggère en matière de réussite artistique (relisons cette phrase, elle veut sûrement dire quelque chose.) Le nouvel album, "Honeybee girls", pas loin d'être son meilleur, opère la synthèse de ces deux époques, le calme et la tempête, avec une production de haute volée, la plus juste, la plus équilibrée qui soit (sorry Steve.) Des morceaux mélancoliques, lumineux ou tendus qui balayent le spectre de ce que Shannon Wright faisait déjà très bien, album trop court mais irréprochable, accessible et aventureux ("Father"). Celui de la consécration peut-être, comme on dit à tort et à travers. D'ailleurs les Inrocks ont adoré, alors...

Et samedi soir, au Krakatoa, on s'attendait plutôt à retrouver cette artiste un brin calmée, plus posée. Mais Shannon Wright était en colère, décidée à faire hurler la six-cordes. Après l'ouverture du dernier LP en intro, c'est la furie. Les morceaux passent un peu en force au début, le nouveau backing-band semble moins en symbiose avec elle que sur la tournée précédente. Shannon Wright tourne comme un lion en cage sur la scène du Krakatoa, la tension monte, elle a choisi ses meilleurs morceaux à grosse guitare, "Hinterland" dans sa version la plus tendue, "Less than a moment", un "With closed Eyes" empressé. L'explosion est imminente. Une guitare qui tarde un peu à revenir du backstage sera le pretexte déclencheur et Shannon Wright devient complètement incontrôlable, habitée, elle prend le show à son compte, ses acolytes ont presque disparu, elle hurle a quelques mètres du micro et plus personne ne bronche. Même ses chansons les plus douces, "Defy this love," "You'll be the death" (à vous glacer le sang!) sont tout en rage mal retenue. "Avalanche" est joué en rappel, toujours magnifique et c'est un déchainement de guitare, seule sur scène, qui tiendra lieu de conclusion. Shannon Wright n'en avait pas fini avec la colère, elle la convoque, elle la maîtrise autant qu'elle le peut, elle s'y abandonne. Ce qui est perdu en précision ajoute à l'intensité étourdissante qu'elle dégage. C'est pas mon genre d'en rajouter, mais qui lui arrive à la cheville, hein, franchement ?

9.9.09

Non ma fille, tu n'iras pas danser (surprisesurprise # 5)

Non, ma fille, ne crois pas ce qu’on te dit dans les journaux. Même si ton Ulysse se jette en l’air dans le programme télé, apprends à te méfier de tout. Même si le Masque et la Plume t’invitent à te sentir pointu et cinéphile en aimant le dernier Christophe Honoré, crois-en un vieil ami, ce film est très moyen.

Le film-surprise du Jean Eustache, vous avez compris le principe. Bon. En fin limier que je suis, je commence bien-sûr à connaître les ficelles de ce concept. Aussi, quand le programme annonce comme surprise de la fin du mois d’aout « un film de plus de deux heures », quand le lendemain sort le dernier Jacques Audiard (« Un Prophète ») que tout le monde attend comme le messie (ouarfouarf) et quand enfin, ultime subtilité, je constate que l’horaire habituel du film-surprise a été repoussé d’une heure-trente, j’en arrive rapidement à cette conclusion implacable : Le film-surprise est « Un Prophète » et il est à 20h30 car JACQUES AUDIARD SERA LA ! (et son avion arrive à 19h.)
Toutefois l’humilité incite toujours le fin limier à douter de ce qu’il tient pour acquis, et lorsque je pénètre dans la salle de cinéma et que je note, devant l’écran à droite, la présence d’un piano, ma réaction ne se fait pas attendre : « Merde ! C’est un film muet de 1910 avec un mec qui joue la musique par-dessus ! ».
Quand enfin les lumières s’éteignent, Chiara Mastroiani me ramène illico à la triste réalité.

J’ai pénétré dans la filmographie de Christophe Honoré par deux de ses films que j’exècre, « Les Chansons d’Amour », puis « Dans Paris », que je trouvais d’un snobisme achevé et d’une pertinence quasi-nulle. L’ambiance néo-Nouvelle Vague pédante avec acteurs cabotins, ça ne me fait pas du tout triper, chacun son truc. Et puis vint « La Belle Personne ». Et là, je fus un brin déstabilisé. Ce film est excellent. Dans un lycée improbable où de trop beaux élèves vivent des passions sublimes avec l’intelligence et la maturité qui fait défaut à leurs enseignants, la question des abus de séduction d’un jeune prof d’italien est traitée avec une grande pertinence. Et les libertés qu’il prend avec la crédibilité des situations et des personnes servent son propos. Symbolisme bien dosé et interprétation impeccable, une réussite. Du coup, on attend de voir ce nouveau film, car Christophe Honoré est capable du meilleur.

Délocalisé en Bretagne, le très parisien réalisateur, s’il n’est plus agaçant, devient ennuyeux. Le point de départ est une sorte de gros cliché du cinéma français : réunion de famille prétexte à des tensions attendues. Chiara Mastroiani campe une jeune-femme qui a quitté son mari avec ses enfants. Là où la critique semble voir le combat d’une femme moderne pour sa liberté, je n’ai vu que la banale histoire d’une femme immature, mal dans ses pompes et peu convaincante. Sa mère s’immisce, prend des initiatives limite crédibles pour ramener la petite famille dans le droit chemin de la normalité, mais tout reste assez convenu, loin du déroutant « Conte de Noël » (Desplechin) auquel ce film est parfois comparé. On en vient à se désintéresser du sort de ce personnage principal et à s’interroger sur la complaisance des médias pour le travail de Christophe Honoré. La fable bretonne qui arrive au milieu du film comme un cheveu sur la soupe, si elle est réussie en elle-même, est d’un symbolisme lourdingue une fois replacée dans le récit et seule Marina Fois me fit plusieurs fois entre-ouvrir un œil et espérer. En vain.

Encore un pavé dans la mare qui va faire trembler le box-office : je mets 8/20 et je me repasse le DVD de « La Belle Personne. »

30.8.09

The Toy Dolls - Dig That Groove Baby (chronique anachronique # 12)



Allez je me lance, je me lance dans un chronique anachronique. Mes hésitations reposaient sur les qualités des chroniques précédentes; dur d'être à la hauteur. Par contre pas d'hésitation sur l'album à chroniquer, il s'est imposé rapidement : le premier des Toy Dolls ! Pourquoi les Toy Dolls ? Je vais essayer de répondre à cette question par la suite. Pourquoi cet album ? Il faut bien en choisir un, non ? Unlucky aurait choisi "A Far Out Disc" (le deuxième) de par ses riffs magiques et ses chansons tubesques.
"Dig That Groove Baby" est l'album par lequel j'ai découvert ce groupe il y a 20 ans (là, ça fait mal...) et qui ne m'a (quasiment) plus quitté depuis...d'où ce choix.

The Toy Dolls, c'est une intro (à presque chaque album ; "Idle Gossip" est dépouvu d'intro) : "Welcome to the Toy Dolls LP..." Du haut de mes 11 ans, je fus surpris de cette bienvenue à écouter un album et j'insista jusqu'à l'usure de la bande magnétique.
The Toy Dolls, c'est Olga et ses riffs monstrueux de simplicité (je ne suis pas musicien mais à part la rapidité, ça n'a pas l'air compliqué) et d'efficacité. Le titre éponyme en est un bel exemple (Ecouter Yul Brynner Was A Skinhead ou Idle Gossip pour d'autres exemples)


C'est Olga et sa voix particulière qui donne un aspect unique au groupe.
The Toy Dolls, c'est du punkrock ! "Dig That Groove Baby" sort début 83. En ces temps anciens, la scène punk était bien solide et virile : The Exploited, Broken Bones, et en moins virils on avait les Clash. Les gars de NoFX jouaient encore dans leur bac à sable. Dans ce contexte, Olga et ses deux acolytes font office d'ovni, en effet leur revendication (s'il y en a) sont loin de celles des groupes pré-cités. Les textes d'Olga se centre sur le pas du tout sérieux, d'ailleurs on trouve assez souvent les Toy Dolls classés dans le genre comédie. D'un Poor Davey qui se fait larguer, à Glenda qui ne peut pas avoir d'enfant (mais qui en veut quand même Glenda And The Test Tube Baby) en passant par LA reprise d'une comptine : Nellie The Elephant (Ze hymne), cet album et tout ceux qui suivent nous rendent guilleret, joyeux...Le chant d'Olga mais aussi la musique amplifient cette bonne humeur.
Au première note, on comprends que ce n'est pas trés politiquement engagé mais dès ces notes, c'est l'éclate, l'envoûtement, on sautille, on fredonne...C'est la fête. C'est déjà gagné que le groupe balance des refrains qui restent en tête et que l'on chantonnent à tout va (Glenda ou encore Queen Alexandra... sont mes préférés). Je m'emballe un peu mais j'adore. Celui qui n'aime pas les Toy Dolls est quelqu'un qui se prend trop au sérieux, qui n'aime pas la mélodie rock et c'est quelqu'un que je n'aime pas beaucoup !
Les Toy Dolls c'est le 05/12/09 à la Cigale (et le 03/12/09 à Bordeaux), on s'y donne rendez-vous pour boire à leur santé et à feu leur guest star préféré, leur chien.
Tracklist :
Theme Tune 0:20
Dig That Groove Baby 3:01
Dougy Giro 3:16
Spiders in the Dressing Room 1:56
Glenda and the Test Tube Baby 3:15
Up the Garden Path 2:43
Nellie the Elephant 3:27
Poor Davey 3:22
Stay Mellow 2:18
Queen Alexandra Road Is Where She Said She'd Be, But Was She There ... 2:18
Worse Things Happen at Sea
Blue Suede Shoes 2:16
Firey Jack 2:53
Theme Tune 0:18

4.8.09

O.T.H.- Réussite (chronique anachronique #11)

Une série de trois, quatre chroniques d’O.T.H. (oh non, partez pas !), le groupe montpelliérain qui mettait presque tout le monde d’accord à la fin des années 80 au sein de la scène dite « alternative » française, éclectique, inégale, pas toujours prise au sérieux à cause peut-être d’un vieux complexe du rock français. La faute aux yéyés, allez.
On entend dire souvent que ce qui cloche dans le rock français, c’est le français. Ce n’est pas faux. Là où les chansonniers atteignent parfois au sublime dans la belle langue de Volière, (« Encore un matin, qui cherche et qui doute, matin perdu cherche une route », par exemple) les rockeurs, allez savoir pourquoi, mettent souvent l’auditeur mal à l’aise. L’anglais sonne, c’est comme ça, « black is black, I want my baby back », ça le fait. « Noir c’est noir y a plus d’espoir », moins.
A titre tout à fait personnel, je trouve que ceux qui s’en sortent le mieux sont souvent ceux qui ont pris le parti de triturer la langue comme une bonne vieille stratocaster, laissant parfois tomber le message lourdingue pour se concentrer sur les sons, quitte à paraître obscurs. Parmi mes chansons préférées en français, beaucoup ne veulent pas dire grand-chose. L’une des plus grandes à mon sens, par exemple, est celle-ci. D’ailleurs, le chanteur de ce fameux groupe est sans conteste l’une des plus fines plumes du genre. Il a inventé une manière de chanter le français et ses émules sont légion. Sinon, si on est dans le slogan, il faut que ça claque, « Fier de ne rien faire », « Vivre libre ou Mourir », « Cayenne », O.K., j’ai hurlé ça des centaines de fois, ça m’a fait un bien fou, merci.
SPI, chanteur d’OTH, allie à merveille cet art du refrain enragé à une écriture chiadée, érudite, qui joue avec les mots et, comme je l’ai plusieurs fois répété au cours des nombreuses interviews que j’ai accordées à la glace de ma salle de bain, il est à mon avis le meilleur chanteur de rock en français avec Bertrand Cantat.
Sur ces considérations prétentieuses et définitives, commençons par le commencement et, une fois n’est pas coutume, par le meilleur : Réussite, sorti en 1984 (sept ans après les débuts du groupe.) Pochette bricolée que j’ai appris à aimer, même si objectivement, elle n’est pas très jolie. En tout cas le verso en dit long sur ce qui donne quelques longueurs d’avance au groupe en matière de crédibilité dans le grand cirque RnR de l’époque : ils ne sont pas là pour passer le temps agréablement. Le rock n’est pas une plaisanterie. C’est leur vie. Rien d’autre ne compte.
Musicalement, OTH s’inscrit dans une tradition bien française des caves de l’époque avec un rock lourd, fort, des soli gras, un petit goût pour les accélérations punks, mais pas systématiquement. Ce qui fera la différence, c’est surtout ce chanteur gouailleur et pince-sans-rire qu’on imagine buvant du whisky en lisant « Une Saison en Enfer », un petit malin doué pour l’écriture et fédérateur, vivant tout ce qu’il prêche et inversement.
Le son de Réussite, assez daté, donne un charme fou à cet enregistrement qui ne fut sans doute pas le plus chiadé de leur carrière. Il y a comme un écho, c’est assez cheap, mais les guitares sont bien devant, la batterie cogne, le chant est juste (toujours, toujours.) On peut comprendre qu’un groupe ait souvent envie d’avancer, de perfectionner son usage des studios, mais somme toute, si on avait le choix des destinations dans la machine à remonter le temps, on irait voir OTH dans la cave de répét plutôt qu’ailleurs. Et c’est Réussite qui ressemble le plus à l’idée qu’on s’en fait.
"Euthanasie pour les rockers" avec son titre « hum, hum » s’avère être une belle intro pour ce L.P. et pour l’ensemble de la disco, la voix de SPI résonne avant le riff rock classique, la philosophie cynique du combo est exposée par le menu dans cette décennie de l’ambition et du succès : « je ne suis pas de la race des tueurs, de la race des seigneurs. Je ne suis pas de la race des voraces. » Je conçois que l’exercice de la citation sortie de son contexte musical est périlleux et pourrait desservir mon propos et en fait, je m’en fous. En tout cas, ça joue, c’est classe, OTH est rodé à mort sur scène, déjà des stars de leur ville. "Requiem pour un démon", que j’ai toujours adoré, avec sa descente en arpèges en intro, place déjà la barre à un certain niveau pour ce qui est de l’écriture. Personnage réussi est assez inquiétant de barge antéchrist condamné à faire le bien en guise de narrateur, incursion d’un harmonica. Morceau idéal pour jeune de dix sept ans commençant à découvrir les joies du satanisme. Enchainement rapide sur un gros classique : "Les Araignées ne dorment jamais", morceau urbain (« la flicaille sur les boulevards, la racaille dans les caves ») sur un paria dont la complice n’a rien moins qu’une « fleur d’orchidée qui lui pousse dans le crâne », un riff grinçant en boucle, et l’harmonica en final, sobre et efficace, c’est pas du blues, non. "La France Dort" est plus lourd, le sujet est dans le titre. Le texte reste croustillant, plus tourné vers le punk qui sommeille en vous. "Le sexe prime" a une intro hispanisante et part à tout berzingue, sur un thème récurent du groupe, à savoir la vie (dissolue) en bande. Final de 10 secondes enregistré au fin fond du garage et qui marqua plus d’un esprit : "La chair humaine ne vaut pas cher" qui donna plus tard son nom à une compil de rock français.
En face B, l’excellente adaptation du "Get off of my cloud" des Rolling Stones vampirisé par les Meteors (Paul Fenech est donc crédité comme parolier) mais traduit en Frenchie (ou comment un canidé rentrant dans un hôpital peut se taper un sacré festin) : "Interdit aux Chiens", le groupe refait un tube avec un tube (quoi, fastoche ?) Suit un morceau qui détonne un peu dans la discographie, un rock bien classique ("Un Seul Problème"). Pas le meilleur, allez, même si des chœurs féminins viennent relever la sauce. Mais le hargneux et ambigu "SS Super Sordo" remet le feu aux tripes, encore un personnage bien barré, le riff de Batman torpillé, refrain à hurler. Jusqu’à la fin de la nuit est assez explosif, le texte est moins réussi mais c’est un morceau indispensable à l’édifice de l’album, puisque c’est celui sur lequel vient de greffer "On est tous des acculés". Personnellement, j’ai beaucoup chanté, en toute saison les couplets de ce brulot punk : « Vivre comme des prolétaires dignes descendants des serfs, vivre comme des fonctionnaires, misérables loques à terre, vivre comme un seigneur féodal, rien que de les côtoyer, qu’est ce que ça peut me faire gerber. » Et oui. Oh, on peut discuter du contenu, n’empêche que le débit de Spi, son sens de l’allitération rendent tout ça complètement jouissif. Final grandiose avec l’énorme "Les Clowns Electriques", un titre majeur du groupe qui est à l’image de ce premier LP, un peu froid, assez décalé, photographie de cinq jeunes gens hargneux et sans concession qui ont décidé de vivre vite. Par la suite, petit à petit, ils ouvriront quelques portes, ils laisseront sur plusieurs titres leur cynisme s’effacer, il y aura plus de place pour la joie, pour la fête, jusqu’à ce qu’OTH s’arrête et qu’une autre vie puisse commencer. OTH est le groupe de la rage qui commence à vous remuer à seize ans et vous colle toujours un peu aux basques deux décennies plus tard. Je me suis demandé souvent s’il était bien normal d’aimer encore ce groupe de l’urgence, si ces textes que je connais tellement étaient objectivement aussi bons. Franchement ? J’en sais rien.
« J’ai une piaule sur les toits entre le ciel et la rue, un univers macabre où je tisse ma toile. Je fais pas partie de la meute, je ne suis d’aucune émeute, avec mes mots j’enrage les kids et j’encage les rats. »

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O.T.H.- Sur des Charbons Ardents (chronique anachronique #10)

Un coup d’œil à la liste de titres du second album, et l’on se dit que, peut-être, on a voulu faire le malin en déclarant que Réussite était meilleur. C’est un peu comme prétendre que La Boum 2 est mieux que La Boum 1, faut pas déconner. Sur des Charbons Ardents (On Tenter Hooks, O.T.H., O.K ?) est un réservoir à tubes. Pourtant, pourtant, la prod, toute gonflée et hargneuse qu’elle soit a laissé tomber le côté garage du premier essai. OTH prend de l’ampleur, c’est pas que c’est grave, c’est que c’est pas tout à fait pareil. Enfin, ne chipotons pas. Les meilleurs morceaux sont là.
"Parce que ça nous plait" repart sur ce qu’ils font le mieux, le rock à grosse guitares comme fond à une apologie de la déchéance assumée et rigolarde :
« Personne ne comprend pourquoi on est toujours défoncés.
Pourquoi on n’a pas le courage d’essayer d’en sortir.
On leur dit quand on peut encore parler : on n’a pas le choix,
Faut pas s’casser le cul à leur expliquer que c’est parce que ça nous plait. »
La voix, plutôt dans les aigus et mélodique embarque son petit monde, derrière ça joue au millimètre. Emballement total sur "Blasphème", carrément punk et adolescent mais, mince, un bonheur à hurler dans sa voiture. Gros arrivage de keupons dans la fosse. Ils continueront à se pousser gentiment sur la reprise de California Sun, chanson stupide en anglais comme en français ("Le Soleil du Midi", et alors, on peut s’amuser oui ou merde ?) C’est le début de l’éclaircie, le rock se fait plus joyeux. Toutefois le violent et malsain Des Fraises et du Sang vient péter l’ambiance. J’ai passé des années à essayer d’éclaircir le fond de ce texte, le résultat ne fut pas très probant. Comment dire ? Ca sonne bien, tous ces mots mais on y comprend dalle. Et j’aime bien, du coup. "Totem", par contre, est assez mauvais. Reprise (adaptation) d’un morceau de Gary Glitter sur un rythme tribal, dernier titre de la face, souvent zappé du coup.
Face B, "Le Rap des Rapetous", come on everybody, le titre le plus connu, apte à rallier un maximum des gens dont ceux qui goûtaient la frange plus potache du rock alternatif. Mais bon, quel morceau quand-même ! Super riff sur quatre accords, mélodie imparable et encore une fois, SPI fait sonner un texte (même léger) comme personne. Sur le live, il est surpuissant. Difficile d’y résister…
Même chose pour "Sous tes Reins", très accrocheur, fluide, l’album est finalement plus rapide que Réussite, comme le confirme le monumental "Industrie Bizness Musique", pur morceau de Motorhead, solo précis plaqué en urgence, texte nickel et outro « boite à musique » fort bien trouvée. Un des meilleurs moments de toute la discographie des Montpelliérains.
"L’Age d’Or" m’a toujours fait penser à « Des Fraises et du Sang » sur la face A avec son texte provoc obscur qui pourrait même être assez mal interprété… Morceau lent et malsain qui fait monter la pression jusqu’au paroxystique "Quelle Sacrée Revanche", un recordman de la compil cassette (égalité avec Waiting Room de Fugazi), le meilleur morceau punkrock jamais écrit en français après concertation rapide du jury, encore une partie guitare à couper le souffle qui donne une puissance incroyable à ce chef d‘œuvre (ben ouais, j’ai craqué.) Viens pas me chipoter sur le texte, je suis au-delà du débat, O.K. ? Je t’ai vu t’éclater sur Louise Attaque dans la boite de la plage de Biscarosse ! Quelle sacrée revanche a été illustré récemment par un vidéaste amateur. Je me désolidarise du message de son clip et souhaite un prompt rétablissement à notre président.
Final acoustique genre « feu sur la plage », justement, "Sur des Charbons Ardents" est fédérateur et fort bon.
Gros son et belle composition, sans doute l’album le plus complet d’OTH et le mieux fourni en morceaux incontournables.

O.T.H.- Sauvagerie/Le Live (chronique anachronique # 9)

Sauvagerie ressemble beaucoup au L.P. précédent à plusieurs égards. Son similaire (encore plus travaillé), artwork rouge et feu et formule OTHienne paufinée à l’extrême : rock malin à deux guitares qui trouvent chacune leur place (moins punk que « Sur des Charbons Ardents, beaucoup de mid-tempi sur celui-là.) Mais Sauvagerie avec tous ses atouts d’album parfait est un peu inégal. A côté des trois monuments que sont "Rien à Carré/ Cœur de chien", "Sauvagerie" et "Quand on n’a que la haine", quelques morceaux moins forts, voire dispensables. La set-list la plus excitante, ce sera donc pour le live…
Pour l’heure, "Morts de rire" est une entrée en matière qui nous replonge en terrain connu. Grande inspiration des 6-cordes qui se répondent de riff en soli à la manière des meilleurs combos hard-rock. Spi se lance dans une chronique urbaine pour losers magnifiques. La structure à tiroirs montre une certaine ambition de proposer autre chose. Mais justement, le morceau est un poil long (un couplet de trop ?), à l’instar du suivant, "Prince du Néant", pourtant une synthèse parfaite du style OTH, tant dans le texte que dans la forme. Impression bizarre de morceaux qui ont tout pour eux mais qui tardent un peu à finir… Tout le contraire du suivant, l’exceptionnel "Rien à Carré/ Cœur de Chien", un de mes morceaux préférés (« Attends, tu veux dire du Monde ? » ; « Ouais, ouais ».) Deux morceaux en un, en fait, un instrumental guitares en avant, un riff pas tout à fait carré (Rien à carré ?) sur lequel s’enchaine une histoire de non-amour, « l’aventure amoureuse de quelqu’un qui n’a jamais aimé » comme annoncé au début du live, texte efficace et beau, apologie de la non-rime, arghh !!! Du coup "Félin" fait un peu faiblard après ça, texte moyen, zique sans grande inspiration, un coup de mou dont ce 9-titres n’avait pas besoin. Remarque, je ne détestais pas chanter la fin dans ma chambre (« La salive, la sève et le sang, voici le plus court chemin »)
Tourne le vinyle et bienvenu, le temps de deux morceaux, dans le meilleur du meilleur. "Sauvagerie", le morceau titre qui doit être dans le top 3 de la plupart des fans. Parfait, tout simplement. C’est leur « Gare au Gorille », sauf que le gorille préfère rester peinard dans sa cage avec ses trois guenons et rien foutre de la journée plutôt que d’aller s’emmerder dans un monde prétendument libre. Riff enragés, breaks et refrain défouloir, un pur moment de subversion hargneuse. On calme le jeu avec "Tant qu’on n’a que la Haine", transfiguration de vers de Rimbaud qui en foutait plein la vue aux punkers de 17ans habitués à des textes plus insipides où « vomi » rime avec « anarchie. » Quelques écrivains se cachaient au sein de ces combos qui persistaient à chanter en français. Cantat et JM Poisson, Géant Vert (parolier de Parabellum et des Rats) élevèrent de ce point de vue là le rock français à un joli niveau.
Hélas après Tant qu’on n’a que la haine, c’est un peu la débandade. Sans être mauvais, les trois derniers morceaux sont quand-même moyens. "Deux jours" a de beaux atouts, musicalement c’est cool mais le texte semble torché un peu à la va-vite. Dans cette petite histoire de départ en tournée, il manque la hargne, il manque la rage dont les Montpelliérains sont les hérauts. "L’Eté 86" est un peu du même acabit, petite inspiration, comme écrit dans le camion, un des moins bons de la disco. On finit avec "le Feu de l’Action" qui se déroule honnêtement (il me fait penser aux morceaux qu’ils sortiront par la suite sur le 8-titres collector.) mais ne suffit pas à remettre la machine en route. Sauvagerie termine un peu en eau de boudin.

Pour clôturer cet âge d’or OTHien sort en 88 un live miraculeux enregistré à Saint Brieuc sur une bonne vieille cassette et qui pourtant sonne magnifiquement. Les disques live, y en a peu de bons finalement… La set-list est un best of auquel il manquerait tout de même « Quelle sacrée revanche » mené à un rythme effréné. En fin de face A, à noter une reprise des Doors ("Love me two time") et en face B une reprise en français de "Jack the Ripper". A part ça c’est la compil. Je le connais par cœur du début à la fin, transitions et tout. Putain, si c’était tombé au bac, j’aurais tout déchiré !

Setlist :

Rien à Carré/ Cœur de Chien
Les Araignées ne dorment jamais
Sauvagerie
Tant qu’on n’a que la Haine
L’Age d’Or
Love me two time
Le Rap des Rapetous
Hommes des Cavernes Modernes
Le Soleil du Midi
Industrie Bizness Musique
Blasphème
Jack l’Eventreur
Les Clowns Electriques
Interdit aux Chiens

1.7.09

Between Sheep and Pigs - Nouvel album de Pepe Wismeer

Le dernier album de Pepe Wismeer, Between Sheep and Pigs est à découvrir absolument. Pour le bêlement du mouton en question, il faudra attendre le magnifique morceau de clôture. Pour les cochons, chacun avec humour ou perspicacité les rencontrera au moment qui lui sera opportun, ou pas. J’y reviendrai. Si Melankarpos pouvait évoquer des échos sous-marins d’une mer oubliée par une voix qui l’avait comprise, Between Sheep and Pigs plonge dans les profondeurs souterraines et vous y trouverez les vôtres et en ramènerez des trésors insoupçonnés.

Pourquoi ce chœur enfantin incompris, cette parole démultipliée et déchirante s’épuise-t-elle au cœur de ce roulis scintillant ? Time Squash apporte la délivrance par l’expression d’une violence et d’une construction à la fois empruntée de douceur, et désarticulée. Nous nous rattachons à ce murmure blessé. Sans doute le saxophone sera cette voix ultime et apaisée qui annule les questions en offrant une réponse possible.

Oh, prêtons l’oreille, quelles sont les histoires secrètes de Sinewless Crush ? Susurrées auprès d’une première machine qui crisse, siffle, craque, se réveille, dragon de métal aux entrailles qui résonnent. « Crush » : écraser, broyer, piler. Mais la voix peut s’organiser avec ampleur et beauté malgré et contre elle. Car peut-être s’agit-il d’une lutte ?

C’est ce que je ressens aussi dans A Lie in Heckleness. Le mensonge, s’il faut le trouver, se ressent dans les troublantes lignes futuristes et entrecroisées du synthétiseur, une machine, encore, mais informatique cette fois, qui se déploie pourtant, au milieu d’une jungle des temps premiers. L’apparition de la voix est comme l’éclosion d’un récit mythique. La rupture est nette. Une expansion irradie enfin, comme une création au sein même de ce rythme tribal, la voix se fait envoûtante, certaine, empreinte encore de la pulsation originelle : cette affirmation mélodique et entêtante est le signe d’un chant émancipé.

Devilame, l’âme du démon ? Ce serait trop facile ! Pourtant ne sommes-nous pas dans l’antre du forgeron des enfers ? Quel Vulcain aiguise ses outils et les présente au feu ? Je ressens ces guitares comme des lames qui déchirent la Terre nourricière. Et encore cette voix, cette fois témoin et complice des alchimies sous-terraines. Le tranchant de cette lame incandescente la castrera-t-elle ?

Topland est censé nous extraire de ces profondeurs, et nous propulser au sommet que chaque auditeur se sera choisi. Je reconnais pour ma part l’hymne des amis. Peut-être le long d’un canal dans l’air doux, à vélo, les cheveux longs bercés dans un autoportrait de Rembrandt par un riff de guitare d’une poésie sans fin. Ce morceau plaira énormément et prouve que Pepe Wismeer est capable de surpasser les meilleurs ciseleurs de pop atmosphérique. Mais écoutez la suite.

Je comprends Cavel Eye comme une attente. Quel est à nouveau ce chœur de créatures ? Des cyclopes ? Pour ressentir, ils ont à leur disposition la respiration de la Terre. Attendent-ils la naissance d’un des leurs ?

Depuis Why Do Dogs, ce n’est pas une voix qui nous parle, mais une multitude en échos de tonalités étagées qui s’appuient les unes sur les autres. L’effet de boucle est saisissant, hypnotique.

Manly Fact : le morceau est ascensionnel. Mais quand l’horloge a parcouru la moitié de sa course, on retrouve peut-être ce combat entre des forces métalliques et l’homme prisonnier. Sa voix s’immisce dans les intervalles qui lui sont laissés par la machine.

Cet album tellurique s’achève par un morceau exceptionnel : Sheepytype.

Ce monde souterrain était fait de tensions. Mais un ordre et une harmonie sont sans doute permis provisoirement. L’introduction produit un effet multiple et étrange : un thème extrême-oriental, des oiseaux sûrement, le monde originel, s’installent. Quoi !? Des bêlements ! Pour mieux permettre une voix et une musique d’une grande beauté. Il s’agit d’un rendez-vous : le ciel s’éclaircit. Tout contribue à cette évidence, et les relents d’Asie, et ce mouton inséré. Cette voix désormais a le dernier mot, sûre d’elle. Non ! Un soubresaut de machine et un dernier bêlement !!!

Cet album est merveilleux. Quand vous le tiendrez dans les mains, il aura d’autres mystères à dévoiler appartenant aux univers respectifs des protagonistes. Que se cache-t-il derrière le premier voile ? D’une pochette et de lettres grecques ?

29.6.09

Stop Affaires !

Ouais , ben finalement, on a encaissé la crise, à peu près et on s'est tellement habitué à vivre avec deux euros qu'on en devient presque économe. Alors c'est le moment de placer tout ce bel argent dans un produit qui monte : le Michael Jackson. Les plus malins ont anticipé l'assassinat du roi de la pop par son médecin (mais si, ils l'ont dit !) et gardaient soigneusement de côté, à l'abri des regards, quelques reliques estampillées Bambi. Ceux qui lisent un peu ce blog savent que pour ma part, j'ai toujours en ma possession le fameux Victory des Jacksons dont la côte est subitement passée de 0,90 € à 2,70 € soit une augmentation de 300%!!!

Aux autres, il reste à essayer de chiner ici et là quelques bonnes affaires sur ebay. Voici des pistes, repérées pour vous par votre serviteur :

Pour le "gant pailleté Billie Jean", comptez 29,90 €. Taille unique.

Pour une bouteille d'Eau de Toilette Michael Jackson, 50 € suffiront.

Pour l'autographe absolument pas certifié, 99 € en achat immédiat et c'est dans la poche.

Des exemplaires du vinyle de Thriller de 82 se négocient entre 15 et 100 €. C'est vous qui voyez. Il y a huit jours, en parcourant le moindre vide-grenier de banlieue, vous pouviez en choper 10 sans problème pour 1 € pièce, mais que voulez vous... C'est la loi du marché. Soit dit en passant, on s'est ré-écouté Thriller dans la semaine en buvant du vin avec des potes et la sentence est irrévocable. Hormis peut-être les morceaux que tout le monde connait et qui font bien danser les soirs de mariage, c'est une daube.

N'hésitez pas à parier sur l'avenir, dorénavant, que celà serve de leçon. Est ce que Dave est vraiment en bonne santé ? Quid de George Michael ? Elton John ? Aux dernières nouvelles, Patrick Hernandez ne va pas très fort... Bonne chance à tous !



10.6.09

Jaffa (surprisesurprise#4)

Un film israélien de Keren Yedaya en guise de surprise cette fois-ci, avant-première in-extremis puisqu'il sort aujourd'hui. Voilà le topo : On est dans une famille israélienne (Jaffa est un quartier de Tel-Aviv) où travaillent, dans le garage familial, le père, son fils et sa fille, aidés de deux mécanos arabes. Le point fort du film est qu'il n'arbore pas d'emblée ces gros sabots que l'on pensait bien le voir chausser et qu'il s'intéresse plutôt à une bluette (certes sur fond de mixité) entre la fille du patron et le jeune ouvrier, qui sera le prétexte à dépeindre la famille de Jaffa sans aucune complaisance. Plutôt un film sur la famille juive, en fait, avec une ambiance assez oppressante autour du dîner. Le fils un peu con-con subit les brimades de ses parents qui lui répètent qu'il est un raté, la mère pin-up se fait servir par le reste de la famille consentante, la fille ne moufte pas mais prépare un coup de derrière les fagots, blablabla.

Se greffe rapidement à ce tableau une intrigue à rebondissements aussi prévisibles qu'une météo normande, scénar de téléfilm du genre qu'on a vu 100 fois, et du coup je me suis ennuyé ferme. D'autant que je ne goûte pas trop les zooms appuyés censés montrer au spectateur d'un plan large ce qu'il convient de regarder avec plus d'attention. Toutefois, les quatre personnes avec qui j'étais ont beaucoup aimé ce flim, ainsi qu'une grande partie de la salle et de la critique, alors faites ce que vous voulez. Je mets 10/20, ouais, ouais. Un flim que, pour ma part, j'oublierai aussi rapidement que le prénom du mec qui arrive au milieu de la soirée et doit dire bonjour à tout le monde en lachant son blase dans le brouhaha d'un vieux Daft Punk téléchargé illégalement.

2.6.09

The Jesus Lizard – Villette Sonique 27/05/09 – Et maintenant ? Qu’est-ce qu’on fait ?

C’est le syndrome Beatles de la génération avant nous. J’ai bien peur que tu en arrives toujours à regarder des plus jeunes que toi avec un air mi-attendri, mi-condescendant et que, si tu n’as pas la sagesse de fermer ta gueule, tu finisses par avoir ce fameux discours du vieux con : « Oui, oui. C’est bien. Mais tu sais, LES BEATLES ! T’as beau dire ce que tu veux, y aura jamais rien de mieux. » Tu remplaces Beatles par Nirvana et tu passes aux suivants. Le truc en fait, ce serait plutôt : « Tu sais, ce que j’écoutais entre 16 et 25 ans, je vais passer le reste de ma vie à me dire que rien ne peut le surpasser, alors range tes Naast, par pitié ! »

A force de gamberger sur le son qui nous a construits, on finit par comprendre deux, trois trucs. Pour moi, en l’occurrence, voilà : Tout ce que j’attends de la musique en termes d’émotions, de rage contenue, de défouloir, de virtuosité modeste mais réelle, d’efficacité, de contraste entre beauté et violence, de singularité et d’Attitude, est synthétisé par le seul groupe que je rêvais de revoir encore une fois (tout en craignant bien-sûr que ça tourne à la catastrophe.) Aussi les jours furent-ils longs. Mais, ô, que l’attente a été justement récompensée !

Villette Sonique est un festival pointu qui existe depuis 2006. Certains concerts sont gratuits. Les grosses affiches passent dans la grande halle de La Villette, salle immense, surtout en hauteur, mais pas très bien foutue (inexploitable dans toute sa largeur si tu veux voir la scène.) Nous arrivons avec Unlucky M. à 19h30 pétantes, vu qu’on nous a bien dit que « les concerts commenceraient à l’heure. » Il fallait comprendre : « Avec une heure-trente de retard », je crois. Tant pis. Nous étions dans la place, nous n’en raterions pas une miette, le programme était quand-même alléchant : Men Without Pants avec Russell Simmins (Blues Explosion), Sunn O))), autour de qui le buzz est assez gigantesque (et avec eux, le mot buzz prend tout son sens) et The Jesus Lizard.

On a senti d’emblée que la soirée serait mémorable quand on s’est approchés du bar de la salle encore presque vide pour commander deux bières et que le serveur a eu cette phrase mythique : « Essayez de garder les gobelets, hein, on n’en a pas beaucoup. »
Bon, là, je l’ai regardé d’un air incrédule mais je me suis dit : Mon gars, si tu sors un truc comme ça à un concert de Motorhead, tu finis à poil, pendu par les pieds à la tireuse. « On n’en a pas beaucoup ! » C’est le premier soir du festival ! Mais nom de dieu, qui a fait les courses ?!!!

Le merch est assez minuscule, sauf pour Sunn O))) qui dégaine tee-shirts, sweats, disques… Mais Jesus Lizard a ressorti son éternel tee-shirt « Mickey Mouse sur un missile » et un autre avec des bourses remplies de dollars pour fêter la reformation. Marrant, mais pas trop la classe. J’avais prévu d’acheter un tee-shirt imaginaire, noir avec la pochette de Goat. Tant pis.

Attente longuette pendant laquelle nous observons un service de sécurité assez navrant en pleine action, genre congrès de l’UMP : on ne fume pas (OK, OK) on ne s’assoit pas sur les marches des gradins (!), on ne monte pas sur scène pendant SunnO))) (sortie énergique d’un fan inoffensif par les coulisses.) Ouais. On garde son sang froid, les cow-boys…

Men Without Pants est, sur disque, une collaboration entre Dan The Automator (Gorillaz) et Russel Simmins. Les quelques morceaux écoutés sur le net laissaient présager un bon rock à riffs avec bidouillages sympas. Hélas, sur scène, passés les deux premiers titres accrocheurs, c’est l’ennui qui s’installe. Russel Simmins, flanqué de quatre jeunes gens, semble bien être venu cachetonner à Paris. On a du mal à croire qu’on voit un vrai groupe, juste des zicos qui jouent ensemble, et quand pointe le premier solo digne d’un concert de reprises des Eagles au bar du coin, il nous tarde simplement que ça se termine. En outre, un jeune guitariste insupportable, aux postures de rock-star de salle de bain, fait beaucoup de tort à ses collègues plutôt sympathiques. Il se fera siffler en conséquence.

Ensuite Sunn O))). Tu connais pas ? Je te dis rien, vas y voir à l’occasion. Ce qui est quasiment certain, c’est que tu ne te doutais pas que ça existait. Sunn O))) est au-delà de la musique, au-delà du son. Ils sont deux, ils ont au moins cinq amplis chacun, on les voit très mal pour deux raisons : 1/ Ils ont des habits de moines franciscains à capuches noirs, 2/ Ils balancent la plus grosse quantité de fumée que j’ai jamais vue, une heure non-stop dans les nuages !
Ils étaient venus jouer l’intégralité de leurs premières démos, apparemment. J’imagine que ce n’est peut-être pas leur production la plus accessible. Trois notes bourdonnantes imitant à s’y méprendre le bruit de l’avion de ligne composent chaque pièce. Les vibrations ainsi produites sont d’une telle violence que Unlucky M. devra consulter dès le lendemain pour un décollement de la plèvre. Sans bouchons, c’est pas compliqué, t’es mort. Je ne sais pas bien quoi en penser. J’irai écouter un enregistrement plus récent, ils y auront peut-être fait quelques concessions à la mélodie. Ou pas. C’est du drone-métal. Tout est dit.

Bon, voilà. On approche de la scène. Le public se rassemble lentement, l’impatience est paroxystique. On constate que l’on n’était bien-sûr pas les seuls à espérer ce moment comme des morts de faim. La suite est difficile à raconter, j’étais dans un état étrange, je ne me souviens pas précisément de la set-list. Je crois que ça a attaqué avec « Puss ». Le premier accord lâché, David Yow s’était déjà jeté sur nous, il a hurlé le premier couplet (« give me something to stop the bleeding ») sur nos bras tendus, hyper en place, c’est parti dans tous les sens, je crois qu’ils ont tout joué, je veux dire la set-list parfaite dont t’as rêvé pendant dix ans : « Putain, s’ils se reforment, je voudrais qu’ils fassent celle-là, celle-là et celle-là. » C’était exactement ça. La perfection. Denison (6 cordes) princier, David Wm.Sims et Mac McNeilly implacables, Yow pas trop bourré assurant le show, les paroles la tête à l’envers. Nous autres hurlant et sautant en l’air. Toute la fosse prenait son pied le sourire et la bave aux lèvres. Un type monte sur scène et termine un morceau (je ne sais même plus lequel) à la place de Yow, impeccable (et acclamé, chapeau dude !) Toute l’attente, les espoirs accumulés font exploser ce live que chacun voulait d’anthologie.
Et maintenant ? Qu’est ce qu’on va faire ? J’espère qu’eux vont s’en tenir là, franchement, à ce retour inattendu et magistral, qu’ils ne feront pas trop durer le plaisir au risque d’être un brin en dessous. Parce qu’il ne reste, pour conclure, qu’à citer simplement Thierry Roland au soir de la Coupe du Monde de Football 1998 : « Maintenant, on peut mourir tranquilles. »

(« Oh là, mais pas trop vite quand même », comme disait la jeune mariée.)


P.S.: C'est déjà en ligne ! A voir :

Puss (début du concert)
Thumbscrews
Seasick (filmé à peu près de là ou j'étais)


photos : f.massacre / lorène lenoir.

19.5.09

L'annee de la grippe, mon cochon

Voici que voila la fin de l'annee. La vraie, pas la teuf a Djizeusse. Celle des grandes vacances, du casa et des pates de sable. Le moment de fermer les yeux deux minutes et de se demander ce qui a imprime notre retine, etc... J'ai une vie culturelle proche du neant, donc je me garderai bien de pretendre que ce qui suit est ce qui s'est fait de mieux cette annee. Mais c'est ce que j'en retiendrai.

Film : Gran Torino
Album : Hymn to the immortal wind
Sociologie : Get lucky in Austin
Rire : L'integrale de La Petite Vie
Chanson : Blood Blank
Biere : Mirror Pond
Politique : le prurit du redneck

Et oui, oui, j'ai eu la grippe cochonne. En exculsivite pour QW : courbatures, fievre, mal de gorge, toux. A tour de role et aussi parfois simultanement. Pendant une grosse semaine. La grippe, quoi.


14.5.09

Cachez ce string que je ne saurais voir.

J’ai changé, comme disait Nicolas. Autant j’ai pu apprécier dans ma folle jeunesse quelques soirées un peu enfumées dans les bars de ma ville, préférant toujours la convivialité éméchée d’un bon vieux zinc à la lumière étourdissante des boules à facettes, autant, avec la maturité dont nous gratifie la trentaine bien mûre, j’ai appris à faire de meilleurs choix. Le sens esthétique s’affine, l’approche de la mort aiguise notre lucidité, la vie est courte, il faut faire vite.
J’ai longtemps méprisé, avec ce dédain qui me tient lieu d’assurance, les enterrement de vie de garçon, trouvant bien ridicule de vendre des rouleaux de papier toilette déguisé en schtroumpf dans une rue piétonne à une heure de grande affluence, puis de se baigner nu dans la première fontaine venue, non sans s’être fait photographier cinquante-trois fois avec de jeunes inconnues accostées à la va-comme-j’te-pousse par les témoins, frères et cousins, tous co-organisateurs de cette faramineuse connerie.
Et pourtant, c’était bien eux qui avaient raison.
Il y a une petite quinzaine (déjà ! Que le temps passe vite dans ma nouvelle vie !) je me rendais dans la bonne ville de Lourdes, capitale mondiale de la vierge-thermomètre et du jésus enneigé sous globe. Non pas que la prise de conscience évoquée plus haut se soit accompagnée d’une conversion au catholicisme, il est des pas que je ne m’autoriserai jamais à franchir, mais j’ai simplement quelque famille dans les Hautes-Pyrénées. Une cousine de ma compagne s’apprêtant à épouser un jeune loubajacais, j’étais sollicité pour accompagner le fiancé lors d’une dernière soirée de célibataire. L’enthousiasme du futur marié, la chaleur de son invitation ainsi que toute l’estime que je lui porte, me conduirent à ne point fuir cette épreuve, que j’assimilais pourtant alors à une torture digne de l’écartèlement sur place publique ou du fameux « allez, vas-y, racontes-en, une blague, hey, taisez vous tous, il va raconter une blague. »
Je me rendis donc en lieu et heure chez le promis que nous appellerons Cédric, pour la simple et bonne raison que c’est son nom, où je rencontrai une dizaine d’inconnus, amis, famille, fort sympathiques ma foi.
Cédric s’était consciencieusement acquitté de sa première tâche, assez simple, puisqu’il s’agissait de rassembler quelques objets glanés ça et là : des bottes Dora l’Exploratrice taille 47, des préservatifs goût banane (on dit parfum ?), un string, bien-sûr, de la crème dépilatoire, un certificat de virginité signé par le médecin de famille, une revue porno signée par son patron, des broutilles, quoi, et pour le punir d’avoir si mal rempli son contrat (les bottes étaient vulgairement décorées d’images d’un catalogue La Redoute mal scotchées, par exemple) il lui fût ordonné de passer son string et sa perruque et de se laisser maquiller.
La crème dépilatoire, messieurs, sous ses airs anodins, est un redoutable produit à manier avec précaution. Une fois appliquée une mince pellicule sur une partie pileuse du corps (ici en l’occurrence, la moitié droite du torse et la fesse gauche) on la laisse reposer quelques minutes et avant les premières rougeurs d’irritation, on enlève la crème avec un bâtonnet genre esquimau et les poils viennent avec. Bon, là il n’y avait pas de bâtonnet alors une spatule pour retourner les steaks a fait l’affaire. Le résultat est très spectaculaire. Vous retrouvez en un rien de temps votre peau de bébé. Bref, nous voilà partis une bière à la main dans le village de Cédric, le poussant dans un chariot de supermarché et habillés d’un tee-shirt à son effigie, afin d’aller demander à quelques voisins de signer leurs noms sur son tablier blanc, voire directement sur sa peau puisque nous utilisions un marqueur indélébile.
Après une petite heure de ballade et quatre bières, nous rejoignîmes le bus qui devait nous conduire vers notre destination mystère.
Autant vous dire que rien n’est plus simple pour les pyrénéens que d’aller s’encanailler en terre étrangère, l’Espagne est à deux pas. Difficile pourtant de parler ici de voyage linguistique, mais c’est bien sûr vers le Pays Basque que nous nous dirigions avec pour seul bagage cinq packs de trente-six binouzes. J’apprends rapidement qu’il est très mal vu de rester les mains vides. Je rappelle que l’abus d’alcool est dangereux et que fumar puede matar, mais quand t’as pas le choix…
Les effets de la bière sont bien connus. Toutefois il me semble qu’un total de cinq arrêts pour un voyage de deux heures était presque exagéré. Peu importe, nous arrivons à bon port à la Cidrerie, complexe immense près de la frontière qui a totalement résolu le problème de l’alcool au volant en regroupant en un même lieu le bar pour l’apéro, le bowling pour la détente, le restaurant et la boite.
Nous voici donc à l’apéro. On ne commande pas des verres, hein, c’est tellement banal. On prend directement des bouteilles. Je passe rapidement sur la quantité affolante d’alcool ingurgité pour faire passer les tapas. Je me contenterai de rappeler que nous sommes dans un bar bientôt bondé et que Cédric est toujours en string.
Quelques heures plus tard, je me retrouve mystérieusement affublé d’une moustache dessinée avec le fameux marqueur indélébile en train de vider des whiskies-orange sans respirer sous l’œil vigilant de mes comparses. Une fois validée cette formalité, on remplit gentiment mon verre.
Le repas ne fût pas mémorable. J’étais de plus un peu frustré de ne pas connaître les paroles de ces chansons de montagnards que nous hurlions de conserve avec les tables alentours en s’enserrant les épaules et en tanguant de droite à gauche. En sortant, on nous remet un ticket pour la discothèque.
La boite est très grande. Je suis un piètre danseur. Nouvelle frustration que j’ai noyée dans l’alcool en dodelinant de la tête pour battre la mesure.
A 5h30, sur le chemin du retour, l’ambiance était plus calme. Il restait pourtant quelques bières, mais ces Lourdais sont décidément des petits joueurs.
Ah ! Il n’est jamais trop tard pour trouver sa voie. Il faut avoir l’humilité de reconnaitre que peut-être on s’est trompé. Et surtout il faut trouver le courage de sauter le pas. La vie n’est pas dans les soirées soporifiques, dans les théâtres des grandes villes ou devant des concerts pour esthètes blasés. Non ! La vie est en Espagne, près de la frontière, en string, avec toujours un verre plein dans la main !


13.5.09

Fausta, La Teta Asustada (Surprisesurprise#3)



Là, j'en ai vu un bon.
C'est une très bonne surprise, ouais. Sortie en juin prochain pour ce film hispano-péruvien douloureux, lent et beau qui raconte l'histoire d'une jeune femme atteinte d'un mal imaginaire transmis par "le lait de la douleur" et mieux connu sous le nom de "la trouille", communiquée à Fausta par sa mère, victime d'un viol alors qu'elle la portait, voilà, comédie, donc, filmée sobrement mais avec un sens du cadrage et de la composition qui font toute la différence, beau, bien joué, original, à vous dégoûter pour un bon moment des pommes-de-terre (on en reparle...)
Fausta est d'une tristesse infinie, les contacts physiques la terrifient et elle parle à sa mère en chantant. Sa mère meurt (c'est le début du film, pas de panique) et elle veut l'emmener dans son village natal au lieu de l'enterrer sommairement dans le bidon-ville qui lui tient lieu de village Du coup elle fait la bonniche pour une chanteuse histoire de gagner trois sous, elle marie ses cousines déguisées en meringues, elle rencontre un jardinier poète et elle ne sourit jamais, la trouille lui suintant par tous les pores de la peau.
Pas d'insistance, pas de lourdeur, une grande pudeur, je mets 16/20, si, si.
La salle semblait assez perplexe, charmée sûrement, gênée un peu. La faute aux pommes-de-terre, sans doute.

11.5.09

Common People

Petit Nougat est Trekiste : elle aime tout ce qui concerne Star Trek. Pour elle, les Klingonz ne sont pas un vieux groupe de psychobilly, mais une race extra-terrestre. Non, ce n'est pas pareil.

Petit Nougat est aussi fan de Pulp. Moi, je suis toujours passé à côté de ce groupe. Je me souviens juste de l'émotion de certains de mes amis de lycée, Papy Julio en tête, lors de la sortie d'un album titré Intro. Je revois la pochette. Mais la voix de Jarvis Cocker n'a pas accompagné mon adolescence.

Tout ça pour dire que Petit Nougat a été surprise de tomber sur cette vidéo dans laquelle Joe Jackson et William Shatner, alias Capitain Kirk, reprennent Common People dans une version punk-rock que j'adore.


J'ai plein d'autres trucs intéressants à raconter. À très vite.

26.4.09

NO F.X. en 2009. Version toulousaine.

"J'ai attendu attendu, elle n'est jamais venue" (Joe Dassin)

On a pu se demander par le passé à quoi allaient bien pouvoir ressembler les vieux punks, je veux dire, les papis-punks, hein ? Parce ce que le temps est impitoyable, il avance, ce con, rien à faire. Et bien à y bien regarder, les punks-rockers troisième génération (en gros) semblent avoir pris diverses directions. Certains se sont échinés à devenir ces erzatz de leurs parents sur lesquels ils avaient tant craché, se disant que, bon, ça va comme ça, moi aussi je veux conduire un 4X4 et bosser pour une boîte privée pour m’acheter des fringues hyper chères, et oh, oui, les Sex Pistols, c’était super, moi j’étais comme ça, tu vois Kévin, quand j’étais jeune, ça c’était de la musique, allez, tu seras sage avec la Nounou pendant qu’on va voir Cali avec Maman ? D’autres ont couru le risque d’être ridicules en s’accrochant à leur musique comme s’ils avaient encore l’âge de faire du skateboard pour aller chercher un soda chez KFC. D’autres encore errent entre les deux, toujours un peu hésitant à se rendre à un nouveau concert de NOFX en l’an de grâce 2009. Or l’histoire à prouvé qu’il ne fallait pas hésiter.

Les maîtres du punk à roulettes ne sont pas pour rien dans le regrettable avènement du fashion punkrock, : sweat à capuche UMFM, short DirtyFonzy, bonnet BurningHeads, Vans, tattoo style "merde, j’ai trente ans et j’ai écrit « skate or die » sur le bras pour la vie, comment je vais faire pour entrer au sàv d’Apple? Maman, j’écoute du punk, tu m’achètes un i-pod pour les vacances au Cap Ferret ?"

Punk est une marque, je l’ai vu écrit sur une bonne vingtaine de tee-shirts.

Toutefois, NOFX, que tout le monde a copié jusqu’à donner la nausée presque allergique des breaks à contretemps et des chœurs en aaaaahhhh, est de loin le meilleur de tous ces groupes, le plus talentueux, le plus marrant et, la quarantaine bien entamée, le plus convaincant encore aujourd’hui. Autant j’ai du mal avec les groupes qui se mettent en tête de jouer du hardcore new yorkais en 2008 à Béziers, autant je me rends avec plaisir revoir ceux qui ont tout inventé et continuent de donner leur leçon à leurs jeunes élèves. Où l’on craignait de voir de vieilles gloires s’accrocher lamentablement à leur style rabâché, on assiste au spectacle grande classe d’un groupe toujours créatif qui joue comme il respire, qui assume son âge (pas évident, hein ?) et qui fait sauter en l’air deux milliers de fans d’un public all-ages ultra-motivé.

C’est avec El Vermillon et Le Destrier (pour le coup doyen de la salle ! Ah, ah, ah !) que nous nous rendons à la grand-messe à Tournefeuille (Toulouse, quoi) pour le plus gros concert en France des californiens. Se déplacer avec le plus grand spécialiste du département en « capacité de salle de spectacle » a ses avantages. Ainsi, on évalue rapidement que le fameux « plus gros concert de NOFX en France, ever », a attiré près de 3000 personnes.

Après une petite bière et un réglage de nos sonotones respectifs, nous laissons passer gentiment les 3 groupes guests, Dirty Fonzy d’Albi plus deux groupes américains de Fat Wreck Chord dont le plus intéressant fût « Pour Habit . »

Après une débauche de bannières d’arrière-scène gigantesques, NOFX met fin à une attente un brin longuette en laissant tomber un misérable drapeau tordu de 50 cm où leur nom apparait. Le ton est donné. Grosse déconnade (entre chaque morceau, un sketch) et gros talent d’exécution. Le set est impeccable, après une petite intro instrumentale on arrive assez vite sur le récent « Seeing Double » qui est définitivement l’un de leurs meilleurs morceaux, puis on ratisse les albums (jusqu’à « White Trash, Two Heebs and a Bean », disons) et les tubes ne manquent pas, repris non-stop par un public pour qui NOFX a définitivement compté, compte encore, des kids et anciens kids sur-motivés qui se jettent en l’air dans tous les coins de cette grande salle. On a beau reculer pour ménager nos vertèbres et nos cors au pied, impossible d’échapper aux déferlantes provoquées par « Linoleum »ou « The Brews. »

Contrat rempli. On dirait presque qu’on en a eu pour son argent si les places n’avaient pas frôlé la somme exorbitante de 30 euros (ouch.) Moi perso, j’attends tranquillement « Franco Un-American » et « Kill all the Whiteman » (que Yann, grand parieur devant l’éternel, me promet en ultime morceau, et il avait raison, le bougre !) Pas grand-chose à redire sur la set-list. Vu le nombre de galettes qu’ils ont pondues, on ne pouvait pas exiger une intégrale, tant pis pour « Showerdays », « Drug Free America », « Laurie Meyers », une autre fois, pas de problème, on sera là.

Final bouffon marrant en playback sur un air de comédie musicale expliquant que tout le monde est un petit peu raciste dans la vie et retour en ville pour un kebab un peu sec, ma foi.

Mon informateur parisien, dont le pesant silence (lui qui n’aime rien tant que de parler de NOFX) ne peut s’expliquer que par la visite imminente dans sa salle de classe d’un Inspecteur de l’Education National, m’indiquait que la set-list de Paris était un peu différente et qu’ils ont joué en deuxième morceau le marathonien « The Decline » (15 minutes, non ?) Ca fait envie. Toutefois, est-il besoin de le préciser, c’était mieux à Toulouse.

10.4.09

JAY REATARD - Blood Visions (chronique anachronique # 8)

2006, c’était hier, quasi, presqu’une chronique pas du tout anachronique, mais bon.
Lire à droite à gauche que Jay Reatard est un ancien des Reatards (dont je ne savais rien) n’avait jamais éveillé ma curiosité. J’ai passé l’âge de m’exciter sur des gaziers qui portent le nom de leur groupe. Ils sont loin les Joey, les Didier, les Lemmy (ouais, on dit bien « Lemmy de Motorhead », non ?) C’est donc après la bataille que je rentre dans l’un de mes deux magasins de disques préférés, celui de Bordeaux (l’autre est à Paris, Le Silence de la Rue, métro Faidherbe Chaligny, marcher 500m, chouette troquet en face) où tourne une galette séduisante, les singles Matador de Jay Reatard et donc là, ça suffit, il faut qu’on me dise une fois pour toutes qui est ce gus. « Martial de Total Heaven » (tiens, encore un qui s’appelle comme un chanteur de groupe) se charge de la session rattrapage avec l’enthousiasme ahurissant que ceux qui l’ont vu ne serait-ce qu’une fois lui connaissent. Et donc apparemment, il faut mettre la main rapidement sur cet album de 2006, Blood Visions, de Jay Reatard.
Dont acte.
Alors bien sûr il faut avoir quelques bonnes dispositions concernant le garage, voir le punk rock. Par exemple s’être un minimum emballé pour des groupes qui, avec les armes émoussées de leur aînés des années 50’s (ceux qui répétaient dans leurs caves et leurs, euh…, garages, trois accords de Chuck Berry sur des amplis qui soufflent) ont pondu au cours des deux ou trois décennies précédentes quelques morceaux lumineux de pure énergie, de hargne communicative, décidés à ne jamais voir mourir ce bon vieux rock’n roll tout en se payant le luxe, pour certains, de le ré-inventer au détour d’une poignée de morceaux. Il faut aimer, par exemple, «Crypt Style » du Blues Explosion, les Oblivians, Mighty Caesars de Billy Childish, un peu les Hives, plus une petite touche de rock 80’s qui serait presque trop hype si ce Reatard n’avait pas le bon goût de n’en point abuser. Je relis cette phrase pour voir si ça veut dire quelque chose, ouaip, on dirait, O.K.

Si l’on s’intéresse à ce type, via les nouveaux médias dont nous disposons et au travers de ces inénarrables « commentaires en ligne » qui sont le nouveau terrain d’expression des citoyens du XXIe siècle, et par là même également celui des crétins fachisant et lâches qui, bien planqués derrière leur clavier, ne perde pas une occasion d’être courageux et pertinents à la fois (comme ceux qui écrivent un blog, tiens.) On s’égare. Si l’on cherche un peu, donc, on se rend compte que Jay Reatard est une sorte de superstar underground au talent presque unanimement reconnu et autour de qui le débat en vogue tenterait plutôt de déterminer si oui ou non, c’est un parfait connard. Concerts expédiés, vidéo d’un fan qui se fait taper dessus par Jay-la-teigne, réputation de gros con, bah, on se lasse vite de tout ça. L’important, c’est la galette, non ? Et la galette est bonne, Mère-Grand, promis. De la pochette (J.R dégoulinant de sang) aux 15 morceaux surexcités qui la composent. Gros talent indéniable pour les refrains immédiatement mémorisés, les compos ultra-courtes qui évitent presque toujours le couplet de trop, l’efficacité imparable, le quota tubes presque arrogant (frôlant le 15sur 15.) Après une écoute, on sait qu’on en a pour ses euros et qu’on va vite aller ranger « Blood Visions » sur l’étagère des disques qui comptent, les inépuisables, entre « Destroy-oh-Boy » et « Veni, Vidi Vicious », si vous classez par ordre alphabétique des titres d’albums, après « Fire of Love » et « « Smokin’ Taters » si vous classez chronologiquement par date de sortie (je déconseille ce classement, trop dur de s’y retrouver.)
Attaque classique du genre « morceau accrocheur en début de face » avec le morceau-titre « Blood Visions », on voit venir le petit hargneux au garage sur-vitaminé qui va tourner en rond au milieu de la face A, mais le second « Greed, Money, Useless Children » déroute déjà avec son rythme martelé. Le gazier, malgré ses prédispositions pour le succès, peut balancer des trucs un peu moins évident qu’on ne s’y attendait, puis revenir sur le format pop imparable (« It’s so easy », classique et irréprochable) puis mettre en plage 4 le désormais célèbre « morceau qui rend complètement barge » (My Shadow ), avec un couplet qui résonne comme un vieux tube des 80’s pour exploser sur un refrain hurlé et définitivement élu par notre jury comme la bombe de l’année 2006, et peut-être des deux suivantes.
« My Family » déroute encore l’auditoire. Même si tout tourne autour d’un rock pêchu et vintage, Reatard assure un éclectisme certain, le titre est rigolo et ultra dansant (je parle pour vous, là, je danse assez peu pour ma part). On durcit le ton sur « Death is forming », plus punk, plus long. La face se termine sur le légèrement Pixisien (ouais, ouais) « Oh it’s such a shame ».
Après un « Not a substitute » classicos mais classos, « Nightmares » fait office de tube potentiel. Mélodie guitare à la Screeching Weasel/Queers, bien foutu.
« I see you standing there » fait songer aux Briefs dans le genre pop-punk aux amphéts. La liste des références s’allonge mais Reatard synthétise tout ça avec brio. « We who wait » a un petit côté démodé assez étonnant, encore les années 80 qui remontent à la surface. Leur partie noble, hein, pas la grosse ridicule.
« Fading Away » est sucré, on repense au punk chewing-gum, Drive-in dont il ne faut peut-être pas abuser.
Les Hives, allez, sur “Turning Blue” au refrain princier(quoi, ça veut rien dire ?) « as sad as it seems, you’re turning blue in my dreams » qui hantera vos journées. Enchainement direct avec « Puppet Man » et son couplet atone style SF des 60’s (je me comprends, petit robot qui parle, Man or Astroman, genre.)
« Waiting for something » un peu dans la même veine clôt l’album, hey, ça faisait un bail qu’on s’était pas acheté un disque aussi imparable.
Mais tu sais que ça fait un bien fou ?

8.4.09

What ever happened to Baby Jane ? (Surprisesurprise # 2)


Kirk à Spock

- Répète ça, Klingon je ne peux pas y croire !
- Vulcanien, Capitaine, s’il vous plait. C’est comme je vous dis. J’ai pénétré dans la station, j’étais sur mes gardes, vous pensez ! Le silence était effrayant et une fois devant la machine, je m’attendais à ce qu’un système de sécurité quelconque me saute à la figure, mais rien !
- Rien ?
- Rien ! J’ai entré mon login…
- Quel est votre login ?
- Spock.
- Ah oui.
- Mon mot de passe…
- Quel est-il ?
- Oreille.
- Oreille ? Pourquoi ça ?
- Réfléchissez.
- Je ne vois pas.
- Bon, bref. Je rentre mon mot de passe, oreille, et là rien. Rien ne se passe. La station fonctionnait comme autrefois, rien n’avait changé.
- Bon sang, c’est incroyable. Mais alors le doute n’est plus possible. Spock ! C’est une excellente nouvelle ! Le Quai Wilson fonctionne !!!
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Back to the Eustache pour le flim surprise du mois. On nous prévient dès l'entrée que cette fois-ci, ce ne sera pas une avant-première, O.K., et donc, c'est Baby Jane (1962) de Robert Aldrich en copie neuve, moi je ne l'avais pas vu, c'est une bonne surprise.

François Aymé, Monsieur le Directeur, nous explique un peu comment ça marche, la distribution, donc voilà, un vieux film qui sort en copie neuve, comme celui-ci, il y a trois copies pour la France. Or Beaucoup de cinémas le veulent. Cette-fois ci, c'est le réseau Utopia qui est servi en premier, donc à priori, quand les autres cinémas de quartier récupèreront les copies, et bien elles ne seront plus du tout neuves. C'est fragile, tout ça. Aussi, la surprise, c'est qu'on voit une copie neuve.

"What ever happened to Baby Jane ? est un chef d'oeuvre certifié, une maitresse pièce comme disent les anglois mais pour ma part je n'en connaissais que le titre. Voici donc le principe. Deux actrices vieillissantes (Joan Crawford, Bette Davies) interprètent deux soeurs qui baignent dans le monde du spectacle depuis leur enfance. Bette Davies est l'ancienne Baby Jane Hudson, enfant-star tête à claques qui danse et chante mais dont le succés s'arrêtera net avec la première poussée d'acné, moment à partir duquel sa soeur Blanche devient une vedette à son tour. A un âge assez avancé, les deux soeurs vivent toujours ensemble. Blanche est dans une chaise roulante, suite à un accident provoqué par la terrifiante Bette Davies ex-Baby Jane qui joue à merveille la psychopathe en puissance rongée par la jalousie, la nostalgie, et qui va faire subir à sa soeurette les pires sévices physiques et moraux.

Je ne m'attendais pas à priori à une telle violence psychologique de la part d'un bon vieux film des 60's en noir et blanc. La séquestration de Blanche Hudson est bien oppressante, interminable (130 minutes, un peu long quand-même.) On ne respire qu'avec quelques personnages secondaires marrants qui assurent le comic-relief de rigueur, puis on replonge dans cette maison, type "Psycho" d'où l'on ne peut s'échapper, avec l'ivrogne Baby Jane complètement barge, en roue libre, imprévisible et impressionnante.

Bonne soirée. Je me permets de le conseiller à ceux qui l'ont pas vu. Je le note, bien-sûr, ah, ah!, Je vais pas me gêner, 14/20, actrices superbes, un peu longuet, voilà, voilà.









12.3.09

Surprisesurprise # 1

Le Cinéma Jean Eustache, pas loin de chez nous, en banlieue de Bordeaux City, a de bonnes initiatives depuis un paquet d'années. Entre autres choses, ils accueillent le Festival International du Film d'Histoire, ont organisé une foule de soirées à thèmes (nuits du cinéma, ciné-concerts, ciné-vin rouge) et depuis quelques temps, ils s'essayent à deux nouveux concepts : La soirée Bloody Marie (un film de genre, dira-t'on, et un Bloody Mary à la sortie) et tous les mois, la soirée film-surprise.
Le principe est simple et tout à fait excellent. On vient au cinéma un mardi soir, on achète une place et on ne sait pas ce qu'on va voir. L'expérience aurait tourné court sans l'exigence et le goût assuré de l'équipe du Jean Eustache. Effectivement, si votre petit ticket en main, vous aviez attendu fièvreusement, les lumières s'éteignant, le frisson de la nouveauté pour voir aparaitre finalement ce bon vieux Christan Clavier grossièrement déguisé en gaulois, vous n'auriez peut-être pas adhéré au concept. Heureusement, le cahier des charges est un peu plus rigoureux. Le film en question est une avant-première. Il a plu aux membres de l'équipe. A priori, il ne fera pas des millions d'entrées à sa sortie.

Je m'y rends ce mardi, exceptionnellement libéré des obligations qui m'empèchent presque systématiquement d'assister à la séance (travailler plus pour gagner pas grand-chose, baigner l'enfant, déguster du vin, quoi je raconte ma vie ? Ah, ouais.)

La surprise est américaine, un film de Kelly Reichardt, Wendy and Lucy, sortie France le 8 Avril.

Long travelling sur Wendy et Lucy marchant dans la forêt, très cinéma indépendant, longue scène étirée assez belle, Wendy et Lucy sont jolies, comme Thelma et Louise, la comparaison s'arrêtera là dans la mesure où Lucy est un chien Labrador.

Tiens, Wendy perd Lucy, mince, il fait nuit, on ne sait pas bien s'il faut s'inquiéter pour l'une ou pour l'autre, c'est le film surprise, personne nous a prévenu, Wendy s'approche d'un feu où se réchauffent des jeunes gens style punk à chiens sans les chiens, ils sont cools finalement, ouf, le chien est retrouvé. L'anecdote du chien perdu n'est pas sans importance vu que c'est toute l'intrigue du film qui se résume quasiment ainsi. Wendy veut rejoindre l'Alaska pour trouver un petit boulot. Manque de bol, sa voiture tombe en panne et elle est coincée dans l'Oregon. Manque de bol encore, le chien disparait alors qu'elle a quelques démêlées avec la police locale. L'heure qui suit, c'est : Wendy cherche son chien.

Joliment filmé, bien interprété, comme d'autres films où rien ne se passe, l'intérêt vient des personnages assez réussis, le gardien de parking, le patron du garage. Hélas, l'épure qui peut être un summum d'élégance semble ici la marque d'un léger manque d'inspiration. Le film est court, c'eut été un magnifique court-métrage et c'est, à mon humble avis, tout juste un bon petit film avec une chouette actrice, Michelle Williams. Je me permets de lui attribuer la note de 11/20. Qui suis-je pour noter les films ? Je vous le demande! T'as qu'à en faire, toi des films ! 11/20! Qu'est ce que ça veut dire ?

Certes. Ca veut pas dire grand-chose. Pour indication, disons que j'aurais mis 6/20 à "l'Etrange histoire de Benjamin Button" et 21/20 à "Once upon a time in America", pour situer.

Voilà, voilà. J'espère que j'ai pas trop défloré le contenu, il ne me semble pas. Pas comme si j'avais dit que dans Psychose, le fils se prend pour sa mère ou que Keyser Söze, c'est Kevin Spacey, ou encore que dans les "10 Petits Nègres" d'Agatha Christie, c'est le Juge Wargrave qui a fait le coup alors qu'on le croit mort au début du livre...
A bientôt.


9.3.09

Soirée Lazylive au BT59

5 mars 2009 à Bordeaux. : que faire ? Les Wampas jouent aux Krakatoa, Vincent Delerm au Femina et Zone Libre (SergeTeyssotGaydeNoirDesir) à la soirée Lazy Live au BT 59.

Bon, les Wampas c'est très bien, comme l'a confirmé le destrier il y a quelques jours. Mais je m'en suis bien repu ces dernières années. Alors je peux patienter jusqu'à la prochaine tournée de dans 6 mois.

Vincent Delerm, malgré des échos positifs en provenance de Paris (c'est pas pour faire le malin, mais je connais des parisiens) j'hésite à franchir le pas. De toute façon c'est sans doute complet depuis des semaines.

Ce sera donc la soirée Lazylive.
Lazylive c'est une plate forme de téléchargement qui non seulement verse aux artistes une redevance mais soutient également les projets de tournées. Pas mal comme concept.

Le début des festivités est annoncé à 20h30. Apparemment ça a commencé à l'heure puisqu'à 20h45 nous surprenons Alaverdi, 1er groupe de la soirée, déversantson punk Hardcore tchèque tout en guitare et breaks bien placés aux 10 spectateurs déjà présents. Pas grand chose de nouveau mais l'ensemble se tient bien sur scène. Franchement, j'admire toujours autant les groupes capables de jouer devant une salle quasiment vide avec autant de conviction. D'ailleurs des convictions ils en ont ces gars là : de la sauvegarde des baleines, aux pluies acides, en passant par le recyclage des déchets et les tests sur les animaux je crois qu'ils n'ont rien oublié... je savais plus ou poser mon verre de bière en plastique après ça.

Changement d'ambiance avec les Psycho Mutants qui arrivent de Hongrie. Ca se ballade quelque part entre le No Smoking Orchestra pour la touche rock des balkans et Firewater (aller on se fait plaisir) pour la voix du charismatique chanteur. Le genre de groupe à faire un malheur à Luxey.
Après ces introductions europorientales place à Vents d'Etat qui se présente comme un groupe de Rock/Slam.

A ce stade de la soirée on peut légitimement s'inquiéter vu que le slam ça peut vite devenir chiant et qu'il reste encore deux groupes au programme. Vents d'Etats va se charger de me faire ravaler mes préjugés. Ces gars là ne sont pas montés sur scène pour se regarder le nombril. Et il se dégage de leur performance une farouche volonté de ne pas sombrer dans le conformisme. Dans les textes surtout, bien écrits, et plus chantés que déclamés. On flirte avec le chant écorché de Mano Solo. La musique renforce la puissance de l'ensemble (j'en arrive même à apprécier l'usage du saxophone...).

Ensuite je sais plus trop ce qui s'est passé... Zone Libre, l'animale rappeuse Casey et Hame (La Rumeur) ont posé leur patte sur la salle pour asséner au public sans négociation possible leur set fiévreux, engagé et jubilatoire.

A un moment, je suis parti. Je crois que c'était pas fini. Quel con...

27.2.09

Les WAMPAS sont la preuve que MONTAUBAN existe


20 février 2009, 20H. Jérôme a de la chance. Il va ce soir découvrir et les Wampas et Montauban autrement que sur un tee-shirt ou sur un panneau de sortie de l’A10. Quelle joie … Après avoir finies les pizzas de la veille, nous voilà partis pour le Rio Grande. A proximité de la gare, cette salle sent vraiment le rock’n’roll. Moins la fumée depuis un moment mais heureusement la cour reste un endroit de ralliement pour les intoxiqués et les autres. Premier constat, la première partie (PETE VYLER) n’intéresse pas tout le monde. Deuxième constat, la proportion de fumeurs dans ce type de concert est certainement plus grande que dans le reste de la population française. Une bière, deux, on se place devant et voilà les WAMPAS. Didier est-il toujours le roi ? Comme un punk en hiver, Didier n’a pas peur des rugbymen. Il les cherchera toute la soirée, surtout quand il décidera de partir à l’assaut du balcon affublé de sa guitare « Hello Kitty » que ma fille aurait adoré. Le dernier album est exploré mais point d’Universal à scander. Bien entendu, voir les Wampas c’est toujours faire un petit retour en arrière. Même ambiance, même public sympa mixant jeunes ados, vieux punks, le sosie de Patrick Bouchitey (non Jérôme, il aurait pu venir chercher des idées pour ces vidéos d’animaux, mais non) … Plein de filles. C’est fou comme la parité est désormais presque réalisée dans les concerts. Je ne me souviens pas en avoir vu autant précédemment. C’est sans doute la seule grosse différence dans les concerts des Wampas d’il y a 15 ans et d’aujourd’hui.

Sinon les morceaux s’enchaînent. On retiendra les bons moments que seront l’Aquarium tactile, Ce soir c’est noël, Yeah yeah, Touche pipi, Rimini, Georges Marchais, L’éternel et son intro interminable souhaitée par le public (Phil, si tu lis ces lignes, bravo), Les bottes rouges, L’idole des Punks, … Et bien sûr les incontournables Kiss, Petite fille, Vie, mort et résurrection d'un papillon. On se quittera là-dessus. Certains sont partis avant. A retenir : ne pas slammer quand le public s’écarte, ça fait mal au nez.

20 février 2009, 23h45. On boit un dernier verre dans la cour du Rio Grande. Jérôme est tout excité et ravi. Super les Wampas, sympa Montauban.

9.2.09

Pas de nouvel album des Cramps.


Gonna take a week off. Gonna go to Hell. Send ya a postcard. Hey I'm doin' swell! Wish you were here. Aloha from Hell. I'll be dancin' thru the flames. Like a devil in disguise. You can hear me sing. But not by satellite. You can hear me sing. Aloha from Hell. Gonna get a lei. Ring o'fire round my neck. Big ol' she-devil kiss. Aw hell! What the heck? I'm packin' my duds. Aloha from Hell. I'll be glad to get away. Up here everything's so swell. You know some like it hot and down there it's hot as Hell. Don't forget to write. Aloha from Hell.




8.2.09

En manteau rouge, le matin traverse la rosée qui sur son passage parait du sang

J'ai rencontré un type connu vendredi dernier au TNBA. Hamlet il s'appelle. Bien sûr j'avais déjà entendu parler de lui mais je ne le connaissais pas vraiment. Pour moi c'était un mec qui tenait un crâne dans sa main en monologuant puissamment. Genre :
"Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi, la conscience fait de nous tous des lâches."
Intéressant comme point de vue, mais est-ce-que vous passeriez 4h avec un torturé pareil ? Un vendredi soir en plus alors que ça fait longtemps que vous avez pas bu un verre avec des potes.
Non ? Et bien vous auriez tort.

Tort, parce que Matthias Langhoff s'est emparé de ce texte pour en faire un spectacle de saltimbanques. Qu'il accueille le public au milieu de son décor et l'emporte dans une expérience unique de proximité avec les comédiens, les musiciens, les accessoiristes, et le cheval (pas celui qui écrit occasionnellement sur ce blog, non un vrai).

Tort, parce qu'il a choisi l'exubérance et l'ironie pour soutenir ce texte, sans jamais tomber dans la vulgarité. Même quand une danseuse de cabaret vous lance des œillades ou caresse votre crâne de son boa.









Tort, parce que François Chattot interprète Hamlet. Qu'il distille autant de puissance que de retenue, d'intensité que d'émotion, de douceur que de violence de son phrasé presque monocorde et qui pourtant ne l'est jamais. Hamlet, que tout le monde dit fou, semble alors le révélateur inébranlable des trahisons, des folies et de l'aveuglement des hommes.

Même la mort omniprésente ne peut noircir longtemps le tableau que Langhoff nous offre. Car ici, quand on est vivant, on ne cesse de porter les morts au cercueil ou les spectres aux poubelles, mais toujours, ils resurgissent pour chanter avec les vivants. Et sur le visage ravagé d'Horatio, hypnotisé par les corps d'Hamlet et des traîtres suspendus en guise de baisser de rideau, on lit l'amour et la douleur mais ni le desir de vengeance, ni la haine.

Quatre heures d'instants suspendus, de tableaux admirés, de rires, d'émotions, de découverte d'un texte, de frôlements de comédiens. Quatre heures partagées avec des amis autour de tables de bistrot sur un plateau de théâtre. Quatre heures d'étude de trajectoire de postillons. Quatre heure de bonheur malgré un léger coup de fatigue.



Alors, quand la lumière s'est éteinte puis rallumée sur toute cette troupe au diapason de François Chattot, j'avais qu'une envie : me lever de ma chaise et sauter sur scène pour exprimer mon enthousiasme. Mais bon, déjà que je l'ai jamais fait à un concert de punk rock, (ni même à celui des Wampas, Mont de Marsan, 1990) je risquais pas de le faire au théâtre.

5.2.09

Un jour sans fin

Bon, écoute, je vais te dire un truc, pas que ça me fasse plaisir, mais bon, je te le dis parce que je t’aime bien. T’es lourd. Maintenant, pour ta santé personnelle, santé mentale j’entends, il me semble qu’il serait plus stimulant pour toi d’aller de l’avant et, disons les choses franchement, que par la même occasion tu arrêtes un peu de nous gâver avec tes chroniques de disques d’avant l’an 2000, franchement, c’était marrant au début mais là ça saoule. Rappelle-toi combien de fois tu t’es moqué des potes de tes parents qui te prenaient le chou avec les Beatles en disant à longueur de soirée qu’on avait rien fait de mieux depuis. Rappelle-toi comme tu as pu rire des vieux de 35 ans qui arboraient encore des tee-shirts des Sex Pistols alors qu’ils avaient trois gosses et un boulot dans une grosse boite de télécom. Regarde un peu ce que tu es devenu, rien moins qu’un fan de Johnny sans les bracelets de force. Allez. Ca va maintenant.
Certes.
Toutefois, il vient de se passer quelque chose que je n’espérais plus. Un rêve est sur le point de se réaliser. Bon, c’est vrai qu’on ne devrait pas faire des fixations sur le passé, c’est pas bon pour le moral, et pour ma défense, je vis quand même avec mon temps : je télécharge des films illégalement, j’ai acheté le dernier album des Wampas sans l’avoir écouté avant et j’écris sur un blog. Mais bon, on a beau faire l’effort de regarder devant soi, il est des choses dont on sait qu’elles n’arriveront plus et sur lesquelles, à mon avis, il faut se jeter comme des morts-de-faim. Alors voilà, c’est pas compliqué, à l’occasion du festival All Tomorrow’s Parties du 8 au 10 mai, The Jesus Lizard jouera live dans sa formation originale : David Yow, David Wm. Sims, Duane Denison, Mac Mc Neilly.
Oh, à peine ouvre t’on une page les concernant sur la toile que l’on tombe sur des gaziers beaucoup plus dithyrambiques que moi, si, si, « meilleur groupe du monde de l’univers de tous les temps », allons, allons, on se calme, on se calme, on reprend ses esprits et force est de constater, à tête reposée, que tout ceci est bien en dessous de la vérité.

Ah, ah, ah, je ris, seul dans mon bureau, c’est l’euphorie, pardon.

Bon, All Tomorrows Parties, c’est impossible d’y aller, les tickets coûtent 150 livres, c’est ridicule. Mais qu’apprend-on sur la page du groupe?

“The Jesus Lizard will play an All Tomorrow's Parties event next May and other assorted dates”

Pigé ?

Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah,ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah,ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
(Let's see of what it returns : "Puss"; "Bloody Mary")

29.1.09

NOMEANSNO - Wrong (chronique anachronique # 7)

« Je marche seul
Sans témoin, sans personne
Que mes pas qui résonnent,
je marche seul. »

Deux voies (minimum) semblent se présenter devant ces musiciens que la nature et le travail acharné ont dotés d’un talent insolent : Ou bien ils peuvent en faire la démonstration incessante et nous assommer de soli masturbatoires, se laisser pousser les cheveux jusqu’au milieu du dos et finir dans les classements annuels de Guitare Magazine. Ou bien ils peuvent décider de toujours en garder sous la pédale, privilégier l’efficacité et du coup, peut-être, sortir une poignée d’albums fondamentaux qui ne ressemblent à aucun autre.

Le disque compact, quant à lui, fût créé en 1979 et popularisé, comme on le sait, dans les années 80. Il parait que c’est « Brothers in arms » de Dire Straits qui aurait signé le véritablement avènement du support de par son succès phénoménal. Vous avez sans doute eu un exemplaire qui a traîné chez vous à un moment ou à un autre. Mais si, rappelez vous, vous n’écoutiez que « Money for Nothing », puis vous rangiez le disque sous un tas de choses à donner. Mark Knofler, pour faire le lien avec ce qu’on a dit plus haut, n’a pas pris la même voie que les frères Wright de NoMeansNo, mais là n’est pas le propos. Le CD, donc, vous a été vendu au bourrage de crâne par des commerciaux avisés comme le nec-plus-ultra pour les mélomanes. Je cite une encyclopédie participative en ligne : « Dès son apparition, ce support a été promu par ses inventeurs et les éditeurs musicaux comme offrant une meilleure qualité sonore que les autres supports existants (notamment les disques vinyle). Ces qualités sont aujourd’hui contestées. » Ben ouais, évidemment. Un CD niqué, par exemple, part direct à la poubelle. Un vinyle niqué se garde, il suffit de sauter la rayure. Pour ce qui est de la qualité du son, la supériorité du vinyle n’est plus à prouver. Un petit bémol toutefois. Il n’est pas faux que l’objet a ses limites et que le confort d’écoute peut, après une vingtaine d’années, baisser un chouia. Ainsi l’expérience montre qu’après la 25 000e écoute, le vinyle de « Wrong » a tendance à craquer un peu au début de « Oh no, Bruno ».

« Wrong » est sorti en 89, tiens, c’est donc un des 5 meilleurs albums des années 80, ne cherchons pas plus loin.

A l’époque, avec des amis répondant aux doux noms de Bénouze ou Yann « bagues-tête-de mort » Cheval, nous avions pour manie d’acheter de manière compulsive des disques de certains labels, ayant bien compris qu’il y avait peu de chances de se tromper : Crypt rcds, Amphetamine Reptile, Touch and Go et bien sûr Alternative Tentacles, de ce bon vieux Jello, écurie à la fois des Dead Kennedys, Alice Donut, Victims Family et Nomeansno. Des galettes pour la vie, ni plus ni moins, des claques dans la gueule. « The Untidy Suicides of your Degenerate Children », « Fresh Fruit for Rotting Vegetables », « The Germ », le Virus 100, compil ultime de reprises des Dead Kennedys, sont des indétrônables de ce fameux Top 20 dont tout le monde se fout, le mien, merci, je m’en tape, je marche seul.

« Wrong » est le 4e album de NMN, celui que tout le monde préfère, y a pas photo.
Les coups de basse de l’intro (3, puis 5, puis 5…) vous font immanquablement sauter du fauteuil et agiter la tête et les bras. La première fois, on écarquille aussi les yeux. L’album a 20 ans, il n’est pas daté d’un poil, c’est la même puissance, le même génie de la compo, rien n’est venu foutre un coup de vieux à « Wrong », peine perdue.

« It’s Catching up » donc, avec sa basse qui tape, suivie d’un riff que ne renierait pas le premier groupe de métal venu (mais l’efficacité et la pertinence seront ici toujours au rendez-vous). Il se passe tellement de choses dans ce morceau que le décrire semble impossible. Chant incantatoire, leçon de charleston par John Wright qui a l’élégance de varier les plans de batterie à l’infini sans jamais être puant, en revenant taper en binaire quand il faut envoyer la purée, tout simplement. Andy Kerr à la guitare est parfait, sa vitesse d’exécution et la finesse de son jeu laissent pantois, difficile de faire mieux, voilà, les trois mecs de NoMeansNo sont juste monstrueux. La voix de Rob Wright (a.k.a. Mr Wrong) n’abuse pas de ces envolées de prédicateur qui pouvaient saouler par la suite et surtout, même s’ils semblent avoir une idée à la minute, (ce qui fera école par la suite chez les math-rockers), ils ont le bon goût d’aimer les Ramones et de revenir toujours plus ou moins sur un complet/refrain entêtant, enchainant tous les morceaux sans temps mort, comme les faux frères de NYC.

« The Tower » est tout en lourdeur et puissance, longue histoire à la 1984, la voix se brise pour hurler « The Tower » puis reprend le récit comme le stentor qu’est Rob W. Le quasi-instru « Brainless » est un morceau à tiroirs qui part à bon escient dans des envolées purement punk. « Tired of Waiting » est un pur morceau de NMN, plein de breaks, bavard et second degré, avec un solo de guitare à la Greg Ginn (genre « on dirait que je joue pas le même morceau que les autres mais ça rentre ».)

« Stocktaking » est plus sérieux, mais impressionnant de technique (c’est surtout John Wright aux baguettes, qui est sidérant.)

La face A se termine sur « The End of all Things », un peu long, avouons le, morceau fleuve avec mélodie un brin grandiloquente. Il faut bien avoir l’air de chipoter un peu, allez. D’autant que la face B attaque sur du gros calibre (ouarf ouarf) : « Big Dick », un tube certifié des canadiens, basse batterie à l’unisson, joute verbale, la boucle de basse est du pur génie, limite funk à la sauce hardcore ludique. Les frère Wright sont avant tout des farceurs qu’il ne faut pas prendre au sérieux, ils assènent des slogans définitifs genre « Be strong, be wrong » comme de bonnes grosses blagues au 36e degré.

Après la démonstration « BigDick », suit un bon vieux morceau sur deux accords avec mini solo inoubliable (2 notes également), « 2 Lips, 2 Lungs and 1 Tongue », encore un tube qui rend fou, avec son final à cappella.

Tube ? « Rags and Bones » suit. C’est le Best Of ? La compil des 25 ans ? Ouais, non. « Rags and Bones » est un des morceaux qui font l’identité absolument unique du groupe. Personne ne fait ça, ces mélodies, ces compos alambiquées qui retombent toujours sur leurs Converses, cette inventivité ahurissante.

Tube ? Suit « Oh no, Bruno » ( What ?) Les fans le réclament tellement systématiquement encore aujourd’hui que le groupe crie grâce. C’est du punk rock jouissif, il faut aller voir ça avec ses propres oreilles. Dans le classement encore trop méconnu des morceaux qui me rendent complètement barge, « Oh no, Bruno » figure en très bonne place.
Après ça, on peut se rasseoir dans le fauteuil. « All Lies » fait retomber la pression de manière radicale. Et, allez ! Il est même un peu chiant, à force, mais bon, c’est vraiment pour la ramener, hein ?

Pour conclure, je dirais que j’ai beaucoup aimé cet album parce qu’il est très bien écrit et qu’il nous apprend des choses sur la vie et aussi j’aime bien la pochette.

12.1.09

Les ballades du dimanche après-midi #2

Je veux bien vous concéder que l'usine chimique désaffectée que je vous proposais de visiter cet automne n'est pas vraiment un lieu de ballade familiale.
Je vous propose donc une alternative plus bucolique mais malheureusement guère plus légale puisqu'elle se situe dans une propriété privée.
Le domaine de Sybirol s'étend sur la moitié d'un côteau de Floirac. Pour s'y rendre il suffit de remonter le bien nommé chemin de Tirecul qui part de l'Avenue Pasteur pour s'élancer à l'assaut dudit côteau. Assez rapidement on longe un imposant mur d'enceinte qui s'est en partie écroulé sur quelques mètres. Cette brèche permet d'accéder au but de notre promenade.
On découvre alors un immense parc dominé par une imposante chartreuse dont seuls trois volets sont ouverts. Ce sont les seuls signes que l'endroit est habité.
Dans une ambiance de coucher de soleil hivernal on éprouve quelques frissons à descendre dans la crypte aménagée sous un bassin d'agrément.
Un peu plus loin, après être passé discrètement sous les fenêtres ouvertes, on se perd dans le bois au hasard des sentiers entretenus par ... par qui au fait ? Peu importe puisque ces sentiers nous conduisent au pied d'une grande tour métallique, superbe belvédère sur la Garonne traversant Bordeaux en contrebas. Enfin pour ceux qui pèsent moins de 20 kilos et osent utiliser jusqu'en haut l'échelle rouillée de cette structure.
Quelques traces d'activités forestières tout le long du bois renforcent l'impression qu'on va tomber d'un instant à l'autre sur une horde de bucherons et leurs chiens d'attaques. Les histoires les plus improbables commencent à germer dans le cerveau du visiteur pour justifier sa présence.
On finit par buter sur l'autre extrémité du domaine, la joliement nommée "pénétrante" qui relie le bas Floirac au haut Floirac, pour découvrir deux anciens portails abandonnés au pied desquels des offrandes semblent avoir été déposées : trois bouteilles de Vieux Pape inviolées.
Le chemin du retour permet de découvrir un minuscule kiosque ouvragé dans ce béton qui immite assez bien le bois.
Une bien belle ballade ma foi. Désolé il n'y a pas de photos. J'ai essayé d'en trouver sur internet ce qui m'a permis de découvrir à quoi sert parfois le domaine de Sybirol.

Faites moi confiance



Tout va bien. Faites moi confiance. Pouvoir d'achat. Reprise. Vos paupières sont lourdes. Voilà, vous dormez.

3.1.09

THE RAMONES – It’s Alive (chronique anachronique # 6)

Quand vient la fin de l’année, que le froid s’immisce dans nos doux foyers et qu’approchent les traditionnelles festivités du mois de décembre, on pense à Lui. Il a tant fait pour nous, il nous a tant donné de bonheur ! Il est grand, il est beau ! On ne sait d’où il a surgi, sa parenté est incertaine mais nous louerons son nom jusqu’à la fin des temps. Jésus Francis Christ ? Le Père Noël ? Non, non. Le live des Ramones.

Mes frères, mes sœurs, nous fêtons aujourd’hui les 31 ans de ce 31 décembre 1977 au Rainbow Theatre de Londres. Nous brûlerons les Gibson sur lesquelles nous avons trop saigné, nous briserons des disques de Carla Bruni, c’est nul mais ça me fait du bien.

J’ai pris l’habitude dans ces chroniques de faire un petit topo sur le groupe, ici ce serait grossier, que dire que tout le monde ne sache déjà ? On mesure une fois de plus l’importance des Ramones quand on lit le fort recommandable « American Hardcore » de Stephen Blush, car que disent tous les pionniers du genre pratiquement sans exception, hein, Ashbrooke, je te le demande ? « Ouais, ben moi, c’est quand j’ai entendu le premier album des Ramones que j’ai arrêté l’école pour monter un groupe. » Un monde sans les Ramones, ce serait donc aussi un monde sans « Damaged » de Black Flag, ni les « Roir sessions » des Bad Brains ou le premier single de Minor Threat et « Fresh Fruits… » des Dead Kennedys, alors hein, non, soyons sérieux, c’est déjà assez dur comme ça.

On sait également ce que leur doivent les punkos anglais répondant aux doux noms de Clash, Sex Pistols, qui ont eu leur petit succès. Tout ce qui a découlé des scènes sus-citées est tellement énorme que le temps va nous manquer.

« It ‘s Alive », enregistré donc en 77, sort en 79 et la set-list est composée des 3 premiers albums, « Ramones », « Leave Home » et « Rocket to Russia », trilogie imparable après laquelle les inconscients pionniers se répèteront gentiment et ne rattraperont jamais la tornade qu’ils ont eux même provoquée, un torrent de groupes décidés à jouer plus vite et plus fort. Ils auront beau sucrer leur pop ou durcir un peu le ton sur des trucs genre « Animal Boy », le mal est fait, l’incendie incontrôlable et l’histoire retiendra surtout leur coup de génie de 76/77 et leurs shows jusqu’au bout remarquables, hein ? Voir les Ramones, même dans les années 90, ça le faisait quand-même, même si les concerts de la tournée Loco live étaient des copier-coller les uns des autres (mêmes transitions, mêmes enchaînements…)

La set-list de « It ‘s Alive » est un must des trois meilleurs albums des new-yorkais, tout simplement époustouflant et c’est, comme il se doit, un enchaînement à couper le souffle de petites perles pop dont plus de la moitié n’excèdent pas les deux minutes. C’est un concert des Ramones, quoi, mais c’est LE concert des Ramones, celui que tout le monde aurait voulu voir, le seul problème, en ce qui me concerne en tout cas, c’est que j’avais 4 ans et que mes parents ne m’auraient jamais laisser sortir.

Les grands vulgarisateurs flemmards de l’histoire du rock se laissent parfois aller à expliquer les Ramones en disant que c’était quatre mecs qui savaient pas jouer et qui torchaient des morceaux tous identiques précédés d’un onetwothreefour simpliste. Erreur. Les Ramones sont bons, les gars. Des mauvais groupes, on en a vu, ils tiennent pas une heure et demi à ce rythme effréné sans faire le moindre brin. C’est pas aussi simple qu’on voudrait que ça le soit. La batterie est imperturbable, les cordes et leurs fameux trois accords sont réglées au millimètre et la voix, surtout, est juste de bout en bout. Joey garde la note, malgré le sérieux avec lequel ses collègues envoient le bois et il n’est pas encore pris de trémolos épuisants, comme ce sera le cas sur leur fin de carrière. En 77, les Ramones jouent leurs meilleurs morceaux tels quels, seulement plus vite et sans souffler, et signent donc sans aucun doute leur meilleur album, le meilleur live que l’on puisse espérer, une bombe donc le son reste irréprochable et incroyablement moderne.

L’intro continue aujourd’hui de faire se dresser les poils de mes avant-bras, allez savoir pourquoi, « Hey, we’re the Ramones and this one’s called Rockaway Beach », en avant Guingamp, mon morceau préféré suivi tout simplement de « Lobotomy » et « Blitzkrieg Bop » (HeyHoLet’sGo), on pourrait croire qu’ils ont déjà jeté toutes leurs forces dans la bataille mais à peine a-t-on soufflé sur le gentil « I wanna be well » que revoici les goupilles à adrénaline, « Glad to see you go », « Gimme gimme shock treatment » et le moins connu mais excellent « You’re gonna kill that girl » avec ses accélérations à répétition.
La face B est un best of à elle toute seule, énumérer les morceaux suffit à expliquer la chose : « I don’t care », « Sheena is punk rocker », « Havana Affair », « Commando », « Here today gone tomorrow », le « Surfin Bird » des Trashmen, ode ultime aux paroles débiles et « Cretin Hop », merci, bonsoir ? Non, non, la face C n’a pas trop à pâlir de la comparaison, reprise de « California Sun » impeccable, dumb-song au moins aussi entétante que « le petit bonhomme en mousse » (« I don’t wanna walk around with you », les paroles sont presque toutes dans le titre) et « Pinhead » avant le mini break (au verso du LP, Joey brandit le légendaire pancarte « Gabba Gabba Hey, ami de la philosophie passe ton chemin, on est là pour se vider le cerveau et danser.) Transition à la Stéphane Bern pour annoncer la reprise des hostilités, « Do you wanna dance ? », clin d’œil aux Beach Boys à qui ils doivent tant, puis « Chainsaw » et « Today your love… »

Franchement, on a beau savoir qu’il y a une 4e face, on a du mal à y croire. La furie ne faiblit pas, la fatigue n’existe pas, ils enchaînent comme qui rigole jusqu’au bout, « Judy is a punk » est joué au taquet, « Let’s dance » remplit son office et ça s’achève sur une réjouissante note subversive avec « Now I wanna sniff some glue » et « We ‘re a happy family », l’un de leurs textes les mieux troussés.

Pochette gatefold avec photos bien 70’s dont une terrible où Dee Dee fait un grand écart en l’air. Les gens du 1er rang n’ont pas l’air mécontents. Tu m’Elton.

Il fait beau à Bordeaux, au siècle dernier, je quitte la rue Sainte Catherine, grande artère commerciale, pour me glisser dans la petite rue du Loup où se trouvait une sombre boutique aujourd’hui disparue et qui répondait au doux nom de Rocka Rolla. Un disquaire éminemment sympathique y passait ses longues journées sans trop voir le soleil. Les bacs regorgeaient de vieux rock’n roll, de garage, de rock steady, de rockab’, ça sentait souvent l’herbe qui fait rire, c’était bien, j’y ai acheté ce live des Ramones, autant dire que j’avais pas perdu ma journée.


"Rockaway Beach" – 2:24
"Teenage Lobotomy" – 1:55
"Blitzkrieg Bop" – 2:05
"I Wanna Be Well" – 2:23
"Glad to See You Go" – 1:51
"Gimme Gimme Shock Treatment" – 1:37
"You're Gonna Kill That Girl" – 2:28
"I Don't Care" – 1:41
"Sheena Is a Punk Rocker" – 2:16
"Havana Affair" – 1:35
"Commando" – 1:40
"Here Today, Gone Tomorrow" – 2:55
"Surfin' Bird" (Al Frazier, Sonny Harris, Carl White, Turner Wilson) – 2:20
"Cretin Hop" – 1:46
"Listen to My Heart" – 1:36
"California Sun" (Henry Glover, Morris Levy) – 1:45
"I Don't Wanna Walk Around With You" – 1:25
"Pinhead" – 2:46
"Do You Wanna Dance?" (Bobby Freeman) – 1:39
"Chain Saw" – 1:29
"Today Your Love, Tomorrow the World" – 1:55
"Now I Wanna Be a Good Boy" – 2:03
"Judy Is a Punk" – 1:14
"Suzy Is a Headbanger" – 1:53
"Let's Dance" (Jim Lee) – 2:03
"Oh Oh I Love Her So" – 1:40
"Now I Wanna Sniff Some Glue" – 1:18
"We're a Happy Family" (Joey Ramone) – 2:07

27.12.08

La route



Une chape de cendre et de pluie. Une route qui devrait être le lieu de la liberté et se trouve être celui de l'errance. Un père et son fils. Un instinct de protection qui voudrait toujours être mené à bien. La barbarie de ce monde menée jusqu'à sa fin. Et l'espoir malgré tout. Une écriture d'une simplicité magistrale. Un livre qui vous emmène. Qu'on a du mal à quitter. Un livre comme on en rencontre peu. 
La route

22.12.08

Yes we can change

Tourne la Terre, passe le Temps, rien ne change. Presque rien. Les nouveaux films sont des reprises, la jeunesse est en colere, le pouvoir arrogant. Same old, same old? Les croisades ont la peau dure, le sang degouline, au loin, dont nous ne recevons encore que des eclaboussures. Comme en 14 ? Ou plutot comme en 732 ? Quelle importance... Le chomage, le chomage, le chomage. Les promesses, les promesses, les promesses. Eternelle ritournelle. La fin du monde approche, Noe, les oceans vont bientot deborder ! Merde, ca risque de salement rallonger le Vendee Globe, ca...
Et pourtant il arrive que des choses insolites se produisent qui suscitent l'espoir. L'espoir que le manege s'arrete et reparte a l'envers, qu'on ecoute la face b pour voir, juste pour voir. Espoir qui finit par s'estomper, laissant a l'Histoire le soin d'en qualifier le reel impact. L'effet Coupe du Monde 98 ? Bof. L'effet Sarkozy ? Hum. Des nefles. Parce qu'il n'est pas si surprenant, statistiquement, qu'un pays organisateur remporte sa competition. Parce que ne pas avoir fait l'ENA n'est pas le gage d'une rebellion echevelee.
Plus insolite est l'election d'un non-blanc a la tete des Etats-Unis. Malgre mon immersion intensive, I really don't know what they can mais il y aura un reel effet Obama, voire deux ou trois. Et il figurera en bonne place dans l'histoire de l'humanite, pas tres loin de Christophe Colomb et de Neil Armstrong. Parce que.
Yes we can. Le motto de l'annee, c'est amusant, est tres proche de la phrase magique par laquelle Jennifer Connelly sauve l'humanite dans Le jour ou la Terre s'arreta : We can change! Et Keanu Reeves de mettre fin a l'extermination de cette espece affligeante et auto-destructrice qui est devenue une reelle menace pour la Terre. Le message avait deja ete delivre en 1951. Comme on est un peu bouche, Hollywood nous gratifie d'une piqure de rappel sexy. Dans l'espoir probablement sincere que tout le monde se mette a rouler en Prius apres-demain. Si Hollywood voulait qu'on passe directement a la case velo, il aurait embauche Angelina Jolie et Brad Pitt. Mais a quoi ca servirait, alors, que le gallon soit descendu en dessous de $1,50 ?
Bon je m'arrete la parce que je me saoule moi-meme. Merci pour votre patience et joyeuses fetes !

ps : a en juger par un email que j'ai recu recemment, il semble opportun que je developpe un peu un point delicat. Comme chaque election, celle de Sarkozy a suscite de l'espoir pour bon nombre de gens, a commencer, je suppose, par un pourcentage consequent de ceux qui ont vote pour lui. Je ne parle pas du desespoir de tous les autres. Encore moins de mon cas personnel.

17.12.08

ZËRO; DOUZE/DOUZE/ZËRO HUIT; Son'Art ; Bordeaux

Vendredi 12 décembre, vers 20 heures, je ramasse le compagnon Glanjard à son domicile pour une grande soirée culturelle dans la froideur de la nuit bordelaise qui me fait renier en un clin d’œil mes timides engagements écolos, préférant au vélo et aux doigts gelés la douce chaleur de ma Clio Diesel. Nous laissons femmes et enfants à la maison, prenons quelques euros pour le ravitaillement et disparaissons dans le brouillard de la Rocade.

Zëro joue au Son’art. Zëro est le nouveau projet des membres de Bästard, grand groupe de Lyon qui fût, dans les années 90, l’un des seuls combos français à la réputation internationale avec les Thugs, sans doute. Bästard poussaient alors la noise dure de leur formation précédente (Deity Guns) vers des contrées plus expérimentales, ambient, mélodiques, cinématographiques. Comparés parfois à des groupes tels que Cop Shoot Cop, Bästard (et Deity Guns) marquèrent surtout les esprits par leur inventivité insolente, leur refus de se répéter et le fait qu’ils semblaient toujours avoir quelques années d’avance sur tout le monde.

Bästard mort, leur légende ne pouvait qu’enfler, internet est le royaume de la surenchère dithyrambique, tant mieux pour eux, ils le méritent. On mesure toutefois la portée limitée du médium du troisième millénaire quand on voit l’affluence modeste que génère un concert de Zëro dans le petit Son’art. Il faut dire qu’il fait froid.

Si Zëro s’était appelé Bästard, personne n’aurait gueulé, soyons clair. La continuité entre les deux projets est évidente. Respectable décision, toutefois, de changer ce nom pour redémarrer l’aventure. Comme le disait finement le mail d’Allez les Filles, « Bästard repart à Zëro . » On se dit bien-sûr que s’ils étaient un brin plus accessibles au grand public (quoique, pourquoi pas ?) les Zëro seraient le groupe préféré de Libération et de Télérama qui n’aiment rien autant que nous servir des titres à jeux de mots poussifs dont voici la matrice :

« Ségolène prend la voie royale, François Hollande en fait tout un fromage. »

Avec Zëro, quel régal ! Quelle infinité de possibilités ! Nous ne tomberons pas, bien sûr, dans la facilité et éviterons d’abuser des ces calembours téléphonés.

Il y avait quelque chose avant Zëro. Le 12/12 en l’occurrence. Rendez-vous mensuel à l’atelier de l’artiste bordelais Isidore Krapo, qu’on appelle Hubert et qui m’appelle Machin car il est incapable de retenir mon prénom. Krapo a son atelier près de la place de la Victoire et il l’ouvre au public le 1er janvier, le 2 février (1/1, 2/2, t’as compris ?) Accessoirement, c’est le cousin de mon compagnon Glanjard.

Nous fêtions ce soir-là les 20 ans de ce qu’il appelle « les confitures de l’esprit », à savoir des pots de confitures scellées à la cire et renfermant toutes sortes d’objets hétéroclites, boulons, bonbons, boutons, j’en passe, il y en a des centaines. Les confitures étaient bradées 10 € le pot, l’atelier était plein. Fidèles à la tradition, nous avons bu ce que nous avons amené, du rouge, les gens étaient contents, les artistes se faisaient gentiment remarquer en parlant fort ou en prenant des photos. Une fois bien allumés, nous nous sommes éclipsés pour rejoindre le Son’Art à pattes.

Francis est debout devant la porte, tout va bien, nos repères restent inchangés, on paye nos cotisations, on a loupé les premières parties, la bière est correcte, il fait bon, tant mieux, il est important que les Zëros n’aient pas froid aux oreilles.

Mince, je craque, évidemment ! On ne se refait pas ! J’arrête, j’arrête.

Après quelques minutes à s’enivrer, les Zëro se sont pointés.

Zëro maîtrise son sujet (cherchez pas, y a rien, là.) Les musiciens sont brillants, fins, appliqués mais jamais chiants (même si Glanjard aurait voulu qu’ils envoient la purée de temps en temps, mais Glanjard voulait voir Bästard, sans doute) Compositions complexes mais toujours efficaces, une ambiance difficile à décrire, aussi vaut-il mieux aller voir à quoi ça ressemble, mélange de samples et d’instruments traditionnels (ceux du rock, pas le sitar) chansons courtes, thèmes accrocheurs, un vieux film de Carax dans la tête, post-bidule brillant et tout à coup « Death Party » (Bästard) qui fout la banane à tout le monde. Eric Aldéa, lucide, dira que « ce qui serait bien, si on refait un groupe dans quelques années, c’est que les gens gueulent pour entendre un morceau de Zëro » (citation approximative.)
« Luna Park » et les autres morceaux du disque viennent se graver définitivement sur le cortex, une fois joués devant nous.
En rappel, le magnifique « RnR Star » tiré du magnifique 25cm de Bästard « Chinatown » (réédité à 200 exemplaires avec une nouvelle pochette, si tu l’as pas, t’es fou.)
Final sur le cradingue et décomplexé « Drag Queen Blues », presque un morceau de Jon Spencer.
On retrouve Thomas Bienvenu au comptoir, on marchande des disques et des tee-shirts, les Zëro papotent volontiers, le chanteur des Sleeppers est bourré, je crois, il affirme que le temps n’existe pas, que c’est une invention, et c’est faux, bien-sûr, vu qu’il est déjà 1 heure.

On file finir les fonds de verres d’un vernissage d’expo photos dans un bar près du Marché Victor Hugo (le Z’Ubu), super photos d’ailleurs, d’un bâtiment désaffecté pris sous toutes les coutures avec un sens du cadrage et de la composition absolument satisfaisant quand on a déjà un gramme et demi. Nico Vermillon, qu’on retrouve sur place, nous fait boire un truc gluant et sucré dans des petits verres. On aurait dû venir en vélo. On repart dans le brouillard, ça caille, pas loin de zéro si ça se trouve.

Derrick mène l'enquête


Inspecteur Derrick (RIP) a dit : "Bon sang, mais où est passé le dernier post de Minka ?"