Voilà l’affiche : Isis, Keelhaul (photo), Circle, Toy Dolls, Strychnine. Un certain éclectisme. Sauf qu’évidemment, cela se passait dans deux salles différentes et que ce n’était pas le même soir. Deux concerts, quoi, censés signer cette semaine notre grand retour dans les salles sombres et désenfumées de la ville. C’est presque avec enthousiasme que mes compagnons avaient signé ce double ticket dix jours auparavant. Hélas, comme tant de fois par le passé, la réalité de leur âge les a rattrapés au dernier moment et ils me firent faux bon. On ne résiste que difficilement à l’appel de la pantoufle. Un peu dérouté tout d’abord, je décidai rapidement de me rendre seul au BT59, puis le lendemain au 4 Sans, même si le « concert tout seul » n’est pas mon activité favorite vu que je ne sais jamais trop quoi faire, entre deux groupes, de ce corps qui persiste à me suivre partout. Rapidement ma déception à l’endroit des anciens rockers qui me tiennent lieu d’amis est apaisée par les implacables arguments du programme de télévision. Mercredi sur TF1, Nicolas ne pouvait en aucun cas rater le 16e épisode de Grey’s Anatomy promettant un dérapage en règle de Derek. Quant à Germain, lui qui a la TNT, il ne pouvait décemment pas, jeudi soir, manquer la diffusion trop rare d’Un Indien Dans la Ville avec Lhermitte et Timsit.Ah que j’aurais aimé les jours suivants passer chez eux à l’improviste alors qu’ils regardaient Des Chiffres et des Lettres (un petit carnet à la main pour faire les calculs) et leur dire que la triplette Isis/ Keelhaul/Circle avait assuré rien moins que le concert de l’année. Hélas, ces représentants du hardcore/métal pointu et de bon goût se montrèrent un brin décevants.
J’étais particulièrement intéressé par Keelhaul, dont la musique foutrement technique et compliquée n’oublie jamais de te filer des petits uppercuts dans la figure. Des vétérans à la fois impressionnants et efficaces en diable. Sans problème le meilleur groupe de la soirée que l’orga , ou je ne sais qui, décida de faire jouer en premier. J’ai donc raté la moitié de leur set très court. Difficile de rentrer dedans, du coup, et la première bière avait un petit goût amer devant le merch que mon âge avancé ou mon côté désabusé me firent trouver ridicule, non pas dans son offre (pléthorique), mais dans sa thématique redondante. Putain, ça fait quarante ans que les groupes de métal mettent des têtes de mort sur leurs tee-shirt laids. Mon mauvais esprit est calmé par le poster-artiste de service qui doit être Rica et qui présente des affiches sérigraphiées absolument splendides.
Suit un groupe étrange, Circle, au hard-rock grandiloquent avec un chanteur échappé d’un cabaret moscovite de l’entre-deux guerres. Ils viennent pourtant de Finlande. En fait, c’était drôle les deux premiers morceaux. Le chant exubérant, le groupe qui part sur des parties rapides un peu punk pour revenir sur des riffs lourdingues, c’était assez surprenant. L’esprit Ludwig Von 88 semblait vouloir s’immiscer dans cette soirée très sérieuse. Mais très vite, Circle se fit pénible avec des morceaux interminables, des plans répétés à l’infini pour tester les capacités du public à ne pas aller fumer avant la pause… Après leur très long show (qui écourté aurait laissé à Keelhaul le loisir d’en balancer deux de plus) la bière avait un goût acide.
J’aime bien Isis. Leur album Panopticon est vraiment bon. Métal très lourd et lent, hurlements du fin fond des enfers, un style qui a fait des émules (eux, déjà). Hélas, Isis est paradoxalement meilleur sur la chaine stéréo que sur la scène du BT 59. Pour un groupe censé proposer une certaine puissance de feu que le live ne devrait que décupler, ben ils sont plutôt mous du genou. Pas un morceau qui marque les esprits, mais plutôt une succession de pièces difficiles à distinguer. C’est toujours pareil, comme dit le père de famille en évoquant la musique qu’écoutent ses enfants.
Je lâche l’affaire avant la fin, un peu troublé : mince, mais alors avaient-ils raison de chausser la charentaise ? Qu’est ce qui a bien pu arriver à Derek pour qu’il pète les plombs ? On lui a volé son stéthoscope ? Avais-je besoin de venir jusqu’ici réveiller mes acouphènes ? Arrivé chez moi , la réponse à cette dernière question s’imposa sans effort. Oh oui, j’en avais besoin.
Suite de la soirée le lendemain au 4 sans dont les abords sont sordides mais qui est une salle vraiment cool avec un bar qui court tout le long et même devant la scène ! Bon en fait c’est une boîte, c’est pour ça. Mais ça fait une bonne salle de concert.
Les Toy Dolls, un concert pour les gens de mon âge, mais il y avait aussi quelques jeunots. En tout cas, c’était bien plus décontracté que la veille. Donc définitivement, une affiche Isis / Toy Dolls n’aurait pas été une bonne idée. Vous imaginez le chanteur d’Isis fulminant dans les loges alors que Michael Algar s’amuse avec sa langue de belle-mère et sa sarbacane ? Ecoute mec, est-ce que tu peux pas arrêter deux minutes de souffler dans ton kazoo, il faut que je finisse de lire cette biographie de Nietzsche! Non. C’est impossible.
Oui, oui, The Toy Dolls fait partie de ces groupes et chanteurs dont j’ai dit à une certaine époque qu’ils étaient le meilleur de l’univers. Ca a commencé avec Michel Sardou. Puis Renaud (ça c’est quand je suis devenu gauchiste), puis les Bérus (première poussé d’acné), puis les Toy Dolls. Et par la suite un nombre conséquent de meilleurs groupes du monde : Dead Kennedys, NoMeansNo, Alice Donut, Chokebore, The Jesus Lizard, Tryo. Bon, on s’en fout.

Qu’est-ce qui a changé dans un concert des Toy Dolls ? Primo, le public. Bon, évidemment, la plupart des personnes qui étaient au 4 Sans étaient déjà là quinze ans avant, ça se voyait, je veux dire le poil se faisait rare sur les crânes et ce n’était pas le fait de la tondeuse du coiffeur, mais bien celui de dame nature. Toutefois, j’ai le souvenir que les concerts des Toy Dolls, au tournant des année 80-90, c’était chaud. Peut-être parce que j’étais petit et impressionnable, mais pas seulement je crois. Il me faudrait un vieux punk ou un vieux skin pour débattre de ça. Est-ce que dans les années 80 les concerts n’étaient pas plus tendus, politiquement parlant ? Moi, j’avais toujours l’impression que les Red attendaient les skins à la sortie, ou le contraire. Pourtant, les Toy Dolls, politiquement, c’est pas grand-chose. Mais ils faisaient partie de ces groupes qui servaient de prétexte à des empoignades musclées.
Rien de tel en 2009, tout le monde est là pour rigoler et passer un bon moment.
Strychnine joue en ouverture et c’est la première fois que je les vois et c’est exactement comme ça que je les imaginais. Ils assument assez bien leur rock français des 80’s, c’est agréable à regarder, somme toute, mais bon. Voilà. Pas de quoi se fouetter en l’air.
Ce qui est incroyable, c’est que le temps n’a aucune prise sur les Toy Dolls. Après 30 ans de carrière, Olga semble toujours sortir de l’adolescence. L’élixir de jouvence, le cherchez pas, c’est lui qui l’a. C’est ahurissant. Si on voulait pinailler, on dirait qu’ils jouaient plus vite, peut-être, il y a dix ans, qu’ils avaient moins de morceaux mid-tempo dans le set, mais pfff, en fait, non, ils sont bons en 2009, et Michael Algar est un incroyable guitariste qui a toujours eu la sagesse de s’en tenir à ce qu’il aimait jouer, une ou deux gammes de blues qu’ils décompose à la vitesse de l’éclair, des riffs comme des jingles d’émission télé, le tout avec une précision et une fluidité remarquables.
Cloughy is a Bootboy en ouverture, puis, sans souffler, des brouettes de tubes des Toy Dolls, alors quoi ? « Harry Cross”, “Lambrusco Kid”, “Bless You my Son” (ah ah ah ! yargh !!!!) “Idle Gossip », « Fisticuffs in Frederickstreet » (mon préféré du moment, du moment, oui, car il est clair que je pourrai écouter les Toy Dolls jusqu’à ce que mort s’en suive), « Olga I cannot », « Ashbrooke Launderette » (devinez à qui j’ai pensé à ce moment là ?), « Spiders in the Dressroom », « Queen Alexandra », la « Toccatata » et l’incroyable reprise de « Wipe Out » qui fait gicler l’adrénaline par tous les trous (le batteur de Snuff si tu zieutes bien) … Voilà. Ils quittent la scène et ils vont revenir parce qu’ils n’ont joué ni « Glenda and the Test-tube baby », ni « Dig That Groove (baby) », ni « Yul Brinner was a skinhead » (baby). Et ils reviennent jouer « Oh when the saints » et « Glenda », et ils repartent , mais ils vont revenir parce qu’ils n’ont pas joué « Dig That Groove, baby », ni « Yul Brinner was a skinhead », et quand ils reviennent ils font « She goes to Finos » et l’outro du premier album et quand ils s’en vont, ils n’ont pas joué « Yul Brinner » et chose incroyable, vous en conviendrez, ils n’ont pas joué « Dig that Groove Baby » ! Oh, mais je les entends déjà, ces parisiens ! Ah, Paris, c’est toujours mieux ! C’est plus grand ! C’est plus long ! (mon œil !) Mais nous ils l’ont joué ! Deux fois !
Bon, c’était le pied, soyons francs. Le groupe du lycée qui n’a pas bougé d’un iota, qui tient la route à mort, qui fait sauter tout le monde en l’air, provoquant des bouffées de chaleur chez le service d’ordre de boîte de nuit qui, comme toujours dans un premier temps, veut formellement interdire aux gens de sauter depuis la scène, puis rend les armes au bout de vingt minutes devant l’étendue du problème à gérer.
I’m alive ! Tschuss dudes !





Une série de trois, quatre chroniques d’O.T.H. (oh non, partez pas !), le groupe montpelliérain qui mettait presque tout le monde d’accord à la fin des années 80 au sein de la scène dite « alternative » française, éclectique, inégale, pas toujours prise au sérieux à cause peut-être d’un vieux complexe du rock français. La faute aux yéyés, allez.

Sauvagerie ressemble beaucoup au L.P. précédent à plusieurs égards. Son similaire (encore plus travaillé), artwork rouge et feu et formule OTHienne paufinée à l’extrême : rock malin à deux guitares qui trouvent chacune leur place (moins punk que « Sur des Charbons Ardents, beaucoup de mid-tempi sur celui-là.) Mais Sauvagerie avec tous ses atouts d’album parfait est un peu inégal. A côté des trois monuments que sont "Rien à Carré/ Cœur de chien", "Sauvagerie" et "Quand on n’a que la haine", quelques morceaux moins forts, voire dispensables. La set-list la plus excitante, ce sera donc pour le live…

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Quand vient la fin de l’année, que le froid s’immisce dans nos doux foyers et qu’approchent les traditionnelles festivités du mois de décembre, on pense à Lui. Il a tant fait pour nous, il nous a tant donné de bonheur ! Il est grand, il est beau ! On ne sait d’où il a surgi, sa parenté est incertaine mais nous louerons son nom jusqu’à la fin des temps. Jésus Francis Christ ? Le Père Noël ? Non, non. Le live des Ramones.



